Réussir bovins viande 14 janvier 2015 à 08h00 | Par Camille Coulon

Un élevage bovin de 533 mères angus dans le bassin du Salado en Argentine

Éleveur Argentin et syndicaliste, Mariano Williams conduit un peu plus de 500 vaches dans le bassin du Salado. Il rêve d'une nouvelle donne politique plus favorable à l'exportation de boeuf.

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Lot de femelles en pâtures. Les animaux sont principalement de souche Angus avec quelques croisés Hereford à la robe noire et à la tête tâchée de blanc, caractéristique du croisement entre ces deux races d'origine britannique.
Lot de femelles en pâtures. Les animaux sont principalement de souche Angus avec quelques croisés Hereford à la robe noire et à la tête tâchée de blanc, caractéristique du croisement entre ces deux races d'origine britannique. - © C. Coulon

Bonhomme, souriant, Mariano Williams élève 533 vaches angus sur 1 236 hectares à Pila, au coeur du bassin du Salado, principale zone de naissage d'Argentine. Depuis cette année, il est aussi trésorier de la Confédération des associations rurales de Buenos Aires et de La Pampa (CARBAP), le syndicat agricole majoritaire dans ces deux provinces mythiques pour la production de boeuf, dont les territoires unis sont aussi vastes que celui de la France métropolitaine. Le fleuve du Salado, qui passe à vingt kilomètres de sa ferme, marquait autrefois la frontière entre les territoires des colons espagnols et ceux des communautés indiennes. Dans cette région plate comme une table aux sols sablonneux souvent inondés, l'élevage allaitant est la seule activité rentable à grande échelle.
Très pluvieux, le dernier hiver austral a d'ailleurs recouvert sous les eaux, entre juillet et septembre, 60 % du domaine en formant un « lac » de 500 hectares au beau milieu de la pampa. « Il pleut d'ordinaire 1000 millimètres par an. Cette année, on était plus proche de 1 600 millimètres. Douze veaux sont morts suite aux intempéries », raconte l'éleveur.

Pour les abreuvoirs, une éolienne permet de remonter l'eau depuis 
la nappe phréatique toute proche.
Pour les abreuvoirs, une éolienne permet de remonter l'eau depuis la nappe phréatique toute proche. - © C. Coulon

Trente parcelles de huit à cent dix hectares


Ses surfaces en herbe se divisent en trente unités de huit à cent dix hectares en utilisant ponctuellement les clôtures électriques. « Mes plus petites parcelles concernent mes meilleures terres. Je pourrais améliorer le rendement de mes prairies en posant davantage de clôtures classiques à sept fils, pour une meilleure gestion du pâturage », reconnaît Mariano Williams en avouant que faute de clôtures suffisamment efficaces, certains de ses lots se mélangent de temps en temps.
À côté des prairies permanentes, il dispose de cent cinquante hectares de prairies temporaires à base de ray-grass, fétuque, luzerne et trèfle. Chaque année, il en renouvelle une vingtaine d'hectares, souvent après un soja OGM qui, traité au glyphosate, laisse le champ propre. Il a aussi cultivé cette année dix-sept hectares de maïs fourrager et seize de sorgho. Ce dernier est pâturé sur pied. Mi-novembre il a aussi semé vingt hectares de soja dans l'espoir de conforter son revenu. « Mis à part ces dix dernières années, les grains ont toujours été un désastre au niveau commercial sur mon exploitation », commente-t-il avec le recul. Il vaccine deux fois par an contre la fièvre aphteuse, et deux fois par an fait un traitement à la cipermétrine contre les « mouches à cornes », provenant du Canada, apparues en Argentine il y a une quinzaine d'années. Il vaccine aussi contre la brucellose et effectue deux analyses par an sur les taureaux pour vérifier qu'ils ne sont pas porteurs de maladies vénériennes.
À raison d'un taureau pour trente vaches, tout le cheptel est en monte naturelle. Mariano Williams possède quinze taureaux de race Angus et un Hereford. La mise à la reproduction a eu lieu cette année sur une période plus longue que d'ordinaire, car ces dernières années ont été sèches et les vaches n'étaient pas en bon état. « J'ai préféré prolonger la période de mise à la reproduction pour limiter le nombre de vaches vides », commente Mariano Williams.

Mariano Williams près de ses bouvillons à l'engrais. La ration d'engraissement repose pour partie sur du maïs grain humide stocké en boudin.
Mariano Williams près de ses bouvillons à l'engrais. La ration d'engraissement repose pour partie sur du maïs grain humide stocké en boudin. - © C. Coulon

Une très faible productivité numérique

 

La productivité du troupeau est corrélée à ces conditions d'élevage qui mettent parfois l'organisme des animaux à rude épreuve, du fait de l'humidité des parcelles en hiver et d'une complémentation fourragère limitée. « J'ai réussi à atteindre un taux de fécondité de 87 % cette année contre 60 % les deux années précédentes. Entre juillet et septembre sont nés 350 veaux. Ils pesaient entre vingt à trente kilos au vêlage. » Légers à la naissance, le format des animaux reste limité par la suite, mais correspond à la demande du marché argentin qui donne sa préférence aux carcasses légères à la viande très persillée. Autant de caractéristiques correspondant bien à l'Angus.
« Je sèvre les veaux entre 8 et 9 mois. Les mâles pèsent alors une moyenne de 175 kilos et les femelles 170 kilos », précise Mariano Williams qui vend en moyenne soixante quinze broutards et engraisse lui-même les autres dans des parcs extérieurs. Il a pour cela fait construire, il y a deux ans, neuf enclos de vingt-cinq mètres sur dix, séparés par de solides clôtures réalisées avec des pieux de quebracho, un bois dur quasi imputrescible qui pousse dans le Nord de l'Argentine. Une réalisation couplée à un couloir de tri. « Cela m'a coûté 30 000 euros »
Les semaines faisant suite au sevrage correspondent au tri des femelles de renouvellement. « Je sélectionne les femelles selon leur morphologie en conservant en priorité les plus grandes et les meilleurs bassins pour éviter les problèmes au vêlage, avec une attention particulière à leur « féminité » que je juge aux traits de leur tête. » Celles qui sont conservées sont remises en pâture et complémentées avec des rations de maïs jusqu'au mois de novembre (printemps austral). « Si cela vaut le coup, je vends les génisses repoussées à l'herbe à 320 kilos ou je les finis au grain en enclos durant quarante-cinq à soixante jours. »
Selon le cours du maïs et l'état de ses finances, Mariano Williams garde pour le renouvellement entre 20 et 25 % de ses broutardes, puis à l'arrivée du printemps austral les place dans une prairie de bonne qualité où elles seront mises à la reproduction dès l'âge d'1 an. « Les mâles, je les vends pour une moitié à des engraisseurs en parc (feedlots) et pour les autres à des engraisseurs qui les finiront à l'herbe. Je les vends par l'intermédiaire de trois négociants que je mets en concurrence et dont les honoraires représentent de 8 à 10 % du prix des animaux. Sur les foires, leur tarif est plus élevé. » Les parcs d'engraissement intensif achètent en automne la plupart des veaux nés dans le bassin du Salado.
« Conséquence des fortes pluies de cet hiver, les feedlots en plein air de la région de Buenos Aires ont tardé à finir les animaux avec des niveaux de croissance en deçà des objectifs. À cause de ce retard, il y a actuellement une offre abondante de bouvillons légers destinés au marché intérieur, d'un poids inférieur à 380 kilos, vif. » « Le système mixte (naissage et engraissement) de Mariano est représentatif des exploitations bovines de la région. Il assure ainsi ses arrières tout au long de l'année », juge Erwin Swoboda, le jeune président de la Société rurale de Pila, pour qui la tendance actuelle dans les élevages du bassin du Salado est de conserver davantage de génisses, futurs moules à veaux, en tablant sur de meilleures perspectives à moyen terme sur le marché de la viande.
Erwin Swoboda n'a que des éloges pour son mentor, qui demande régulièrement aux autorités un report du paiement des impôts locaux lors de catastrophes climatiques, ou des travaux d'entretien pour les chemins de campagne. « Peu, parmi nous ont l'électricité à la campagne et nos chemins ruraux sont en terre. Ce n'est pas comme vous, en Europe, qui avez le bitume jusqu'au perron des portes de vos fermes ! »

Le fossé qui entoure la ferme limite l'effet des inondations.
Le fossé qui entoure la ferme limite l'effet des inondations. - © C. Coulon

Une Estancia familiale

L'aïeul de Mariano Williams, Fernandez de Agüero, était l'administrateur du vice-roi de La Plata. Il a reçu de ce dernier, en 1770, une estancia dont une partie est restée dans le giron familial. Cette exploitation a été léguée à Mariano Williams et sa soeur au moment du décès de leur père, en 1975. Mariano avait alors 14 ans. Après avoir commencé des études d'agronomie à Buenos Aires, il a travaillé au marché aux bestiaux de Liniers, le plus grand au monde, pour le compte de négociants. Aborrant la vie citadine, il est revenu à 23 ans s'installer sur l'estancia familiale et sa vie professionnelle n'a guère changé depuis.
Ses deux fils, Mariano, 20 ans, passionné de machinisme agricole, et Martín, 12 ans, semblent avoir envie de prendre sa relève. Leur village de Pila compte 2200 habitants et le district du même nom, qui s'étend sur 350 000 hectares, totalise quelque 400 exploitations d'une dimension moyenne de 900 hectares.

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