Réussir bovins viande 12 novembre 2015 à 08h00 | Par François d'Alteroche

Sevrer plus de veaux avec moins de vaches

La maîtrise de la reproduction est un des leviers d’amélioration de la rentabilité des systèmes allaitants. Il existe d’importantes marges de manœuvre dans certaines exploitations pour sevrer plus de veaux avec autant de vaches. Retour sur les débats du colloque Repro 2020.

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La double période de vêlage nécessite d’être strict sur la gestion des réformes. Il ne faut pas faire de cadeau aux vaches vides en les basculant sur le lot suivant.
La double période de vêlage nécessite d’être strict sur la gestion des réformes. Il ne faut pas faire de cadeau aux vaches vides en les basculant sur le lot suivant. - © F. d'Alteroche

« La reproduction a fait l’objet de nombreuses recherches en élevage laitier. Elle a été nettement moins étudiée pour les bovins allaitants. Il nous a donc semblé utile, dans le cadre de Repro 2020, de réunir des experts d’horizons divers pour faire l’état des lieux des connaissances dans les troupeaux allaitants français et proposer des solutions et des voies de recherche », expliquait Sylvie Chastant, professeur à l’école nationale vétérinaire de Toulouse, à l’occasion du colloque « Repro 2020 » organisé dans l’enceinte du Sommet de l’élevage.

Dans un premier temps, cet état des lieux a permis de situer les niveaux de productivité numérique des cheptels en analysant quelles étaient les marges de progrès. Pour cela, la principale source d’information découle des résultats des élevages adhérents à Bovins croissance. L’analyse des performances moyennes obtenues par le quart supérieur de ces élevages met en évidence des différences très importantes si on les compare à la moyenne nationale.

La race n’est pas un critère déterminant. Il existe pour toutes les races des élevages où le taux de productivité numérique est excellent… et  d’autres où il est très mauvais, confirmant le vieil adage « Il n’y a pas de mauvaise race, il n’y a que de mauvais éleveurs ». Les écarts entre les meilleurs et les moins bons signifient surtout qu’il existe d’importantes marges de progression dans bien des exploitations.

Sylvie Chastant, enseignante à l'école nationale vétérinaire de Toulouse.
Sylvie Chastant, enseignante à l'école nationale vétérinaire de Toulouse. - © F. d'Alteroche

« Sur les 3623 cheptels charolais suivis par Bovins croissance lors de la campagne 2013, les cheptels du quart supérieur (classés sur la productivité numérique) sèvrent 6 veaux de plus que la moyenne du groupe contrôlé… tout en élevant quatre vaches de moins ! », soulignait Sylvie Chastant.

La productivité numérique découle donc d’abord du niveau de technicité des éleveurs. Elle est aussi très liée à la durée de la période de reproduction. D’après l’analyse des résultats des élevages en contrôle de performances, ce sont ceux qui ont les périodes de vêlages les plus courtes qui ont les meilleurs niveaux de productivité numérique. « Dans les 3 623 élevages charolais suivis, il est constaté une diminution de la mortalité avant sevrage avec l’augmentation de l’intensité des groupages. En effet, dans les élevages à faible taux de mortalité (moins de 3 %), 50 % des vêlages sont groupés (plus de 80 % des vêlages sur 90 jours consécutifs). Cette proportion tombe à 22 % dans les élevages à fort taux de mortalité (plus de 15 %) », expliquait Christophe Lecomte, directeur adjoint de France Conseil élevage.

L’âge au premier vêlage est un facteur clé pour améliorer la productivité numérique. Une enquête réalisée en 2011 dans les Pays de la Loire avait mis en évidence une proportion conséquente de premiers vêlages au-delà de 36 mois. Ce pourcentage avoisinait le tiers des animaux pour toutes les principales races utilisées dans cette région. Une proportion non négligeable de génisses (4 à 7% selon les races) vêlait même pour la première fois à plus de 40 mois !

- © Infographie Réussir

Baisser l'âge au premier vêlage pour réduire les UGB improductifs

« C’est contre-productif. Surtout quand on sait que l’évolution de la génétique et de l’alimentation permettrait à une plus forte proportion d’entre elles de vêler avant d’avoir atteint leur troisième anniversaire », soulignait Jean-Paul Coutard, responsable de la ferme expérimentale de Thorigné d’Anjou, dans le Maine-et-Loire. Et ce dernier de mettre en avant le vêlage à 30 mois avec double période de vêlage. « C’est envisageable sur de nombreuses exploitations. Nous l’utilisons depuis de nombreuses années sur la ferme expérimentale avec un troupeau limousin conduit en bio. C’est un atout pour étaler les ventes et cela permet une meilleure utilisation de l’herbe avec des animaux qui n’ont pas tous les mêmes besoins au même moment. Une fois leurs veaux sevrés, les vaches qui vêlent au printemps peuvent être rentrées tard en hiver après avoir valorisé toutes les repousses. » Et de faire cependant une mise en garde : « une double période de vêlage, c’est deux période de mise à la reproduction strictement définies de 2,5 à 3 mois. Pas davantage ! C’est à l’éleveur de décider des dates, pas au taureau ! », soulignait Jean-Paul Coutard. Ce dernier s’est montré prudent sur le vêlage à 2 ans. « Il est à réserver à des exploitations pointues sur le plan technique, qui ont surtout déjà de très bonnes performances avec du vêlage à 36 ou 30 mois. Réussir un premier vêlage à 24 mois, c’est une chose. Mais il faut ensuite réussir le vêlage à 3 ans des jeunes vaches qui ont vêlé la première fois à 2 ans ! » C’est souvent là qu’apparaissent les difficultés avec des IVV qui traînent en longueur entre la naissance du premier et du second veau. Et de mettre en garde sur le risque d’échec si tous les facteurs qui permettent d’obtenir de bons résultats ne sont pas parfaitement maîtrisé entre le sevrage de la laitonne et son second vêlage à 3 ans.

Au moins 2,5 pour la note d'état

Le volet clé de l’alimentation a été abordé par Jacques Agabriel, ingénieur à l’Inra de Theix. Il a plus particulièrement insisté sur la note d’état des vaches au moment de leur mise à la reproduction et plus particulièrement après le premier vêlage. Ce sont souvent ces jeunes vaches qui se « décalent ». L’allongement de leur IVV entre premier et second vêlage résulte souvent d’une note d’état corporelle insuffisante au moment de leur seconde mise à la reproduction. Cette note doit être d’au moins 2,5 (sur une échelle de 0 à 5). Différentes expérimentations ont démontré que l’IVV s’allongeait vite dangereusement pour des jeunes vaches insuffisamment en état. Durée qui a été chiffrée de 25 à 30 jours supplémentaire par point de note d’état en moins. Même pour des animaux correctement nourris, il est ensuite important que les vaches soient en phase de reprise d’état au moment où elles sont mises à la reproduction. Cela améliore leur faculté à être fécondées dans des délais satisfaisants pour permettre un IVV voisin de 365 jours.

Attention aux vêlages assistés

L’autre facteur décisif pour permettre aux vaches de retrouver un bon niveau de fertilité après leur précédent vêlage est relatif aux conditions dans lesquelles a eu lieu le vêlage précédent. Toute intervention humaine risque d’accroître l’IVV, même le simple fait d’aller fouiller la vache. Ce risque est nettement aggravé s’il débouche sur une extraction forcée. Et plus cette extraction est laborieuse, plus le risque est important de voir la fécondation suivante décalée parfois très au-delà des trois mois habituels. « L'inflammation utérine empêche une bonne croissance folliculaire. Les follicules pré-ovulatoires seront plus petits donc produiront moins d’œstrogènes et la vache exprimera moins ses chaleurs », précisait Sylvie Chastant.

Qui plus est, suite à un vêlage difficile, les vaches sont souvent concernées par des endométrites. Cette présence de bactéries à l’intérieur de l’utérus va diminuer la production de progestérone par le corps jaune formé après l’ovulation. Or, ce corps jaune est absolument indispensable au développement de l’embryon avec risque de mortalité embryonnaire précoce si le corps jaune ne produit pas suffisamment de progestérone. Ces mortalités embryonnaires précoces ne sont parfois pas suspectées par l'éleveur alors que la vache a bien été fécondée mais qu’elle a aussi avorté dans de très brefs délais aprés fécondation expliquant de ce fait l’allongement de l’IVV. "Jusqu’à il y a une dizaine d’années, on ne prenait en compte que les formes aigues d’endométrite qui se traduisent par la présence de pus s’écoulant à l’extérieur de la vulve. Mais certaines endométrites sont beaucoup plus discrètes, sans expression clinique. Or, si la vache qui a une endométrite subclinique est saillie ou inséminée, l’embryon qui va en résulter a très peu chance de se développer. Pour les mois et années à venir, il va être important de connaître la prévalence de ce problème dans les cheptels allaitant français pour en améliorer les performances de reproduction. »

 


Jean-Marc Alibert, éleveur en Haute-Vienne et président du herd-book Limousin
Jean-Marc Alibert, éleveur en Haute-Vienne et président du herd-book Limousin - © F. d'Alteroche

Le pourquoi du vêlage à 30 mois

« Quelle que soit la race, il y a de plus en plus d’élevages où à 2 ans — âge de leur première mise à la reproduction — les génisses pèsent pratiquement 80% du poids des femelles adultes. Or, on sait qu’il est possible de faire reproduire une génisse dès l’instant qu’elle atteint 60% de son poids adulte », soulignait Jean-Marc Alibert, éleveur en Haute-Vienne et président du herd-book Limousin. La stratégie consistant à coupler premier vêlage à 30 mois et double période de vêlage est pour lui le bon compromis afin de réduire le nombre d’UGB improductifs. C’est la stratégie adoptée chez lui pour les 140 vaches qu’il conduit avec son associé.

« Cette double période de vêlage permet également d’optimiser l’utilisation des places disponibles dans le bâtiment d’engraissement, lequel est de ce fait mieux amorti avec un meilleur étalement des mises en marché. » Et de préciser que, sur son exploitation, seules les vaches vêlant à l’automne sont rentrées en hiver. Celles vêlant en février-mars sont en plein air intégral.

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