Réussir bovins viande 13 avril 2017 à 08h00 | Par Cyrielle Delisle

Remédier à une mauvaise ventilation

L’ambiance du bâtiment est un critère majeur de la santé des animaux. Si l’idéal est de s’y pencher dès la conception, dans le cas de reprise, d’agrandissement de troupeau… il faut faire avec l’existant. Des solutions peuvent alors être envisagées pour l’améliorer.

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L'idée est de favoriser un bon renouvellement de l'air.
L'idée est de favoriser un bon renouvellement de l'air. - © François d'Alteroche

Les bâtiments bovins viande sont souvent d’un grand volume et fonctionnent, dans la majorité des cas, en ventilation naturelle. Dans ces bâtiments dits « froids », « il ne faut pas chercher à maintenir une forte différence de température avec l’extérieur. Elle doit se situer entre 2 °C et 5 °C d’écart, pour des températures à l’extérieur de l’ordre de 0 à 10 °C. L’important est de chasser l’humidité, tout en préservant de bonnes conditions d’ambiance pour les animaux », note l’Institut de l’élevage. Ainsi en hiver, un bon renouvellement de l’air est nécessaire, sans courant d’air direct sur les bêtes. Le flux d’air doit passer au-dessus, à la fois par un balayage transversal et par une évacuation vers le faîtage. Il est capital d’extraire l’humidité et les produits de fermentation des déjections et des litières, toxiques pour les jeunes veaux. À l’inverse, en été on cherchera à créer des courants d’air directs sur les animaux, pour abaisser la température ressentie et leur donner une sensation de fraîcheur.

On l’aura compris, l’air doit circuler. Le vent en est l’acteur principal. Il doit ainsi pouvoir entrer et sortir. Conditions d’implantation, d’orientation et ouvertures ventilantes sont alors primordiales pour que le vent joue son rôle.

Attention aux vents dominants

« La construction d’un bâtiment représente une source d’investissement conséquente pour les éleveurs, son coût oscillant entre 1600 et 2500 euros pour une vache allaitante. Autant ne pas se tromper dès le départ. Or, les deux erreurs principales que l’on rencontre sont d’accoler ou de rallonger un bâtiment, ce qui, dans les deux cas, a des incidences néfastes sur la ventilation et donc sur le confort des animaux. L’implantation d’un nouveau bâtiment doit être pensée avec mesure et n’est pas répétable d’un élevage à l’autre. L’usage est de séparer deux bâtiments de six à huit fois la hauteur à l’égout. Il est également important de connaître les vents dominants selon le moment de l’année. À ce titre, il existe un service Météo France appelé « rose des vents » qui permet d’avoir une idée précise à ce sujet sur le lieu d’implantation. Il s’agit par ailleurs de considérer les changements de température et l’amplitude thermique du secteur », précise Jean-Philippe Gartioux, vétérinaire praticien.

Même si on est censé anticiper les choses, les conditions du site d’exploitation ne s’y prêtent pas toujours (reprise d’anciens bâtiments, agrandissement de troupeaux, bâtiment de stockage transformé en bâtiment d’élevage…). Un bâtiment trop fermé n’est pas l’idéal en raison du confinement. Un chargement trop élevé nuit également à l’ambiance du bâtiment. « Et ces effets sont souvent sous-évalués par les éleveurs, d’autant plus que la plupart des recommandations donnent des chiffres pour des animaux de 500 à 550 kilos qui vêlent au printemps, alors que l’on a aujourd’hui davantage d’animaux de 750 kilos vêlant en fin d’automne-début d’hiver », note le praticien. La variation des températures est l’ennemi des veaux et « le curage en est un facteur important car, pour des raisons pratiques, il est en effet souvent réalisé par temps froid et sec. Or, entre avant et après curage, un delta de 30 °C peut être observé », souligne le vétérinaire.

Un diagnostic bâtiment permettra de déterminer si les conditions de vie des animaux sont correctes et de visualiser les critères pouvant les impacter. « Attention toutefois, le bâtiment n’est pas toujours responsable de tout. Pour ne pas être déçu, il est indispensable avant de se lancer dans un tel diagnostic et d’effectuer des modifications, de bien vérifier que les mesures de biosécurité et le protocole de vaccination sont respectés. Le bâtiment n’a pas toujours un rôle déterminant dans les pathologies respiratoires », prévient Jean-Philippe Gartioux, avant d’ajouter : « un diagnostic bâtiment, pour être efficace, doit s’effectuer en présence des animaux avec suffisamment de fumier ». Lorsqu’un manque de dégagement d’air est constaté (humidité trop forte et vitesse d’air insuffisante), des aménagements sont possibles. S’il n’y a pas assez de translation d’air, les extracteurs d’air représentent une solution efficace pour forcer entrées et sorties d’air mais demandent un investissement conséquent. « C’est donc un moyen de dernier recours sur un bâtiment ancien. Les solutions par mouvement naturel sont à privilégier », conclut le vétérinaire.

- © Infographie Réussir

Bâtiments grandes largeurs - Mise en garde

L’agrandissement des troupeaux s’accompagne de constructions de plus en plus larges et donc difficiles à ventiler correctement. « Un autre cas rencontré, qui va à l’encontre des recommandations, consiste en l’élargissement de la stabulation existante de l’autre côté du couloir d’alimentation. Les volumes d’air considérés sont bien supérieurs aux repères techniques actuels. Dans ce cas, c’est l’effet vent qui fait l’essentiel du travail. La notion d’implantation dans tel ou tel site prend alors tout son sens. Il faudra donc privilégier une surventilation, quitte à la réguler avec des filets brise-vent. Des éléments de remise en mouvement de l’air sont nécessaires. Ces constructions sont souvent très décevantes pour l’éleveur car elles nécessitent de réinvestir soit en termes de vaccins, soit en termes de bâtiments », observe Jean-Philippe Gartioux, vétérinaire.

- © F. d'Alteroche

Pour en savoir plus

Voir Réussir Bovins Viande d'avril 2017. RBV 247, p. 14 à 24.

Au sommaire :

- p. 16 - Climat et accroissement des cheptels changent la donne

- p. 18 - Une ventilation sans problème dans 34 mètres de large

- p. 20 - Une ventilation dynamique pour le jeunes bovins

- p. 22 - Une ventilation dynamique en étable entravée

- p. 24 - Protéger les jeunes bovins des fortes chaleurs

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