Réussir bovins viande 18 mars 2016 à 08h00 | Par Propos recueillis par Sophie Bourgeois

Relations homme-animal : pour une cohabitation entre cultures et intérêts

Le statut de l’animal est devenu un sujet très important et médiatisé. Bernard Denis, coordinateur de l’ouvrage « Ethique des relations homme/animal », plaide pour la conciliation et la non-agression entre parties prenantes du débat dans notre société.

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Il faut tenir compte des réalités économiques et des conditions de travail de l’éleveur.
Il faut tenir compte des réalités économiques et des conditions de travail de l’éleveur. - © F. d'Alteroche/archives

Est-il possible d’entamer un débat entre les différentes parties prenantes ?

Bernard Denis - Cet ouvrage, fruit d’un travail de cinq ans, reflète l’opinion majoritaire au sein de l’Académie d’agriculture et de l’Académie vétérinaire. Il en ressort qu’il est illusoire d’espérer débattre avec les veganiens, ainsi qu’avec les végétaliens. Ils ne s’intéressent pas sincèrement aux conditions de vie des animaux puisque tout leur argumentaire vise à « abolir la peine de mort des animaux », c’est-à-dire à supprimer l’élevage. Mais avec d’autres mouvances de la protection animale, il est par contre tout à fait possible de discuter.

Certaines pratiques en élevage allaitant pourraient faire ou font déjà l’objet d’attaques. Comment aborder de tels sujets ?

D’abord en informant bien sur la réalité de l’élevage, puis en reconnaissant que certaines pratiques ne respectent pas correctement le bien-être animal, et ensuite en corrigeant les pratiques… dans la mesure du possible.

L’un des principaux messages de cet ouvrage est qu’il faut tenir compte des réalités économiques et des conditions de travail de l’éleveur. Force est de reconnaître que sinon, les filières se trouvent déstabilisées et que des importations viennent remplacer la production autochtone. Ce fut le cas pour la case individuelle du veau de boucherie en Grande-Bretagne, pour la ponte en cage des poules en Suisse. Il faut que les éleveurs disposent du temps et des moyens pour faire évoluer leurs pratiques. C’est un travail à long terme, et qui nécessite d’être entrepris dans un contexte posé.

Bernard Denis est vétérinaire, professeur honoraire de l’Ecole vétérinaire de Nantes, et membre de l’Académie d’agriculture. Il est aussi président de la société d’ethnozootechnie depuis 1996.
Bernard Denis est vétérinaire, professeur honoraire de l’Ecole vétérinaire de Nantes, et membre de l’Académie d’agriculture. Il est aussi président de la société d’ethnozootechnie depuis 1996. - © B. Denis

Quel regard portez-vous sur l’attitude des éleveurs dans ce débat de société ?

Pendant très longtemps, les éleveurs ont eu une attitude passive. Ils sont imprégnés de l’obligation de ne pas faire souffrir les animaux et n’en percevaient essentiellement que les évolutions de réglementation à subir. Depuis quelques années, une grande partie des éleveurs a compris qu’il est impératif de s’investir dans le débat, étant donné l’ampleur du mouvement. Les Rencontres animal et société, organisées par le ministère de l’Agriculture en 2008, ont marqué une étape dans cette évolution.

Les éleveurs sont les mieux placés pour poser un jugement sur les conditions de vie des animaux. Cela n’empêche pas qu’une méconnaissance involontaire puisse exister de leur part. Une formation émanant de structures relais peut être nécessaire, soit par défaut de transmission des savoirs d’une génération à l’autre ou du fait d’une origine non rurale, soit parce que les connaissances scientifiques et les techniques d’élevage évoluent.

- © DR

La valorisation économique du bien-être animal a-t-elle un avenir ?

Des coopératives, qui se sont lancées dans une segmentation de marché à partir des conditions de vie des animaux, y croient de plus en plus. C’est le cas du « porc bien-être » de la Cooperl, et de la filière dindes « well faire » de la Cecab. D’autres filières ont des exigences qualitatives qui intègrent le bien-être animal sans y référer explicitement. C’est l’exemple du poulet de Loué, et de l’agriculture biologique en général. Ce sont des segments qui se portent bien.

Faut-il parler de « bien-être » ou de « conditions de vie » des animaux ?

Un débat sur le terme « bien-être » a en effet été mené. Il est entré dans le langage courant, mais il n’est pas très satisfaisant car il est ambigu à plusieurs titres. Le terme « évaluation des conditions de vie » serait plus juste. Il ne faut par ailleurs pas confondre l’éthique animale avec la seule question du bien-être. L’éthique animale définit l’animal, son statut et les relations que nous entretenons avec lui. Ce livre aborde aussi les relations entre l’homme et les animaux familiers, l’expérimentation animale et la chasse.

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