Réussir bovins viande 09 janvier 2017 à 08h00 | Par Sophie Bourgeois

Quatre conduites différentes des prairies selon les pays

En Allemagne, en Wallonie, au Luxembourg et en Lorraine, une comparaison de la conduite des prairies a été réalisée par le ministère de l’Agriculture du Luxembourg. Bien que les pratiques soient très différentes, l’incidence économique sur 50 hectares de prairies est finalement assez proche.

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En Lorraine, la conduite des prairies est beaucoup moins intensive que dans les pays voisins.
En Lorraine, la conduite des prairies est beaucoup moins intensive que dans les pays voisins. - © E. Bignon

Quelle est la valorisation des prairies dans des systèmes laitiers types, disposant chacun de cinquante hectares d’herbe, dans la « grande région » qui regroupe la Lorraine et ses voisins allemands, belges et luxembourgeois ? C’est ce qu’a étudié Luc Sassel, du ministère de l’Agriculture du Luxembourg, à l’occasion de la Journée internationale de la prairie qui s’est tenue à la ferme expérimentale d’Arvalis à Saint-Hilaire-en-Wöevre (Meuse) début octobre.

Une description des itinéraires techniques standards et des rendements a été réalisée à dire d’experts pour chacune de ces quatre zones. Les coûts d’implantation et de sursemis, les charges opérationnelles et les charges de récolte ont été calculés. Ceci a permis d’établir un coût de la tonne de matière sèche pour l’ensilage, l’enrubannage, le foin et le pâturage. Ces données ont ensuite été combinées dans une approche système. Les attributions des surfaces entre les différents modes d’exploitation de l’herbe de chaque zone d’élevage ont été croisées avec la valeur nutritionnelle moyenne du fourrage en énergie et en protéines pour calculer le gain des surfaces en herbe. Le prix de l’UF et du pourcentage de MAT ayant été calculé à partir d’une référence ensilage de maïs à 100 euros/t MS et soja 48 à 400 euros/t.

​Le niveau d’intensification est très important au Luxembourg, et faible en Lorraine et dans les Vosges. En Sarre et en Wallonie, le niveau d’intensification est un peu intermédiaire.

1- Luxembourg : beaucoup de ressemis

Des ressemis de prairies temporaires sont réalisés tous les trois ans et des sursemis interviennent tous les ans sur la moitié des surfaces en prairies naturelles. La fertilisation pour les parcelles ensilées ou enrubannées est de 150 à 170 unités d’azote par hectare et par an (moitié minérale et moitié organique avec 50 m3 de lisier/ha/an). La première coupe d’ensilage est réalisée de début à mi-mai. Un préfanage d’un jour est réalisé et un conservateur est appliqué dans un certain nombre de cas. Selon les situations, deux à trois coupes sont effectuées avant un pâturage. Si de l’enrubannage est récolté, de manière générale, c’est en deuxième ou troisième coupe, une fois que les silos sont pleins. Du foin est récolté en juin sur les prairies permanentes, qui ont reçu 25 tonnes de fumier de bovin par an et 40 unités d’azote, au stade épiaison, avec une deuxième coupe systématique. Le pâturage est pratiqué sur des parcelles très rarement resemées, ayant reçu 15 m3 de lisier ou rien et 60 à 80 unités d’azote minéral. La mise à l’herbe commence mi-mars pour les vaches laitières avec un pâturage soit continu, soit tournant.

2 - Lorraine et Vosges : une faible intensification

Les prairies ne sont que très peu — voire jamais — ressemées. L’apport d’azote est très réduit (15 t de fumier de bovin et 40 unités d’azote/ha/an), avec un stade d’exploitation de l’herbe relativement tardif (10 mai en flore précoce et 15 à 20 mai en flore tardive). Un conservateur d’ensilage est rarement employé, un préfanage d’un jour est réalisé. Après la première coupe d’ensilage, la parcelle est pâturée. L’enrubannage est réalisé du 5 au 25 mai avec un préfanage et un objectif de 55 % de matière sèche. Le stade va de début épiaison à au-delà, avec un développement quantitatif important. Le foin est récolté au stade épiaison du 20 mai au 20 juin sur des parcelles qui ont reçu 15 tonnes de fumier de bovin par an et 40 unités d’azote. Elles sont ensuite pâturées. Le pâturage qui démarre mi-avril est continu, rarement tournant.

 

- © Infographie Réussir

3 - Sarre : une conduite moyennement intensive

Un sursemis à raison de 15 kg/ha est réalisé tous les ans sur une partie des prairies destinées à l’ensilage et à l’enrubannage. La fertilisation organique est de 40 à 50 m3 de lisier par hectare et par an avec une fertilisation minérale très variable selon les exploitations, mais pouvant aller jusqu’à 100 unités d’azote minéral pour les parcelles ensilées ou enrubannées. La première coupe intervient la première semaine de mai au stade début épiaison. Il n’y a pas de préfanage ni de conservateur. Une deuxième coupe est réalisée le plus vite possible. Sur des parcelles très peu voire jamais ressemées, du foin est récolté au stade épiaison à partir du 15 juin. La fertilisation de ces parcelles est de 20 m3 de lisier avec pour une partie d’entre elles 40 unités d’azote minéral. Une deuxième coupe de foin est ensuite réalisée. Le pâturage y est pratiqué à partir de fin avril, à journée entière.

4 - Wallonie:  une conduite intensive sur les temporaires

Il y a très peu de sursemis sur les prairies naturelles. Les prairies temporaires sont ressemées tous les quatre ans. La fertilisation organique est apportée de façon très variable mais elle est de l’ordre de 40 à 50 m3 de lisier par hectare et par an, et la fertilisation minérale est de 120 unités d’azote pour les parcelles ensilées et de 60 unités d’azote pour les parcelles enrubannées. La première coupe d’ensilage intervient dès le stade montaison-début épiaison début mai, avec préfanage et peu de conservateur. L’enrubannage est réalisé avec un préfanage systématique et sans conservateur mi-mai, au stade début épiaison. Ces prairies sont récoltées deux, trois ou quatre fois et/ou pâturées. Le foin est réalisé sur le même type de parcelles que l’ensilage ou l’enrubannage, ayant reçu 30 m3 de lisier et 50 unités d’azote minéral. La coupe intervient au stade début floraison, mi-juin. Elle est suivie d’une seconde coupe ou d’un pâturage. Les parcelles pâturées sont des prairies très peu, voire jamais ressemées recevant 60 unités d’azote minéral et jusqu’à 15 m3 de lisier. Les animaux sortent mi-avril et tournent.

- © Infographie Réussir

Avantage à la Wallonie grâce en partie à sa pluviométrie

Ceci permet d’aboutir à une estimation de l’incidence économique moyenne des cinquante hectares de prairies ("gains" en énergie et en protéines desquels est retiré le coût de production). Le résultat s’établit dans cette modélisation à 29 014 euros pour la Sarre, 54 923 euros pour la Wallonie, 35 936 euros pour la Lorraine et les Vosges, et 35 213 euros pour le Luxembourg. « Ces résultats sont donc assez proches au final l’un de l’autre, sauf pour la Wallonie qui se distingue » commente Luc Sassel. Dans cette région, il y a davantage de pâturage, mode d’exploitation le moins couteux, que dans les zones d’élevage au niveau d’intensification équivalent. Les conditions pédoclimatiques expliquent aussi bien sûr une part des résultats. La Wallonie bénéficie d’une pluviométrie de 850 à 900 mm/an, contre plutôt 650 à 750 mm/an pour les Vosges, la Sarre et le Luxembourg. « C’est la cohérence du système qui se joue. Certains systèmes intensifs permettent de meilleurs résultats dans la mesure où la technicité nécessaire est mise en œuvre. Un système extensif est moins exigeant et permet d’atteindre un résultat économique comparable à d’autres systèmes plus intensifs sur les surfaces en prairie. Cependant, la quantité récoltée et la qualité nutritionnelle des fourrages, notamment énergétique, est inférieure » remarque Luc Sassel.

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