Réussir bovins viande 12 juin 2015 à 08h00 | Par Sophie Bourgeois

Pacifica lance son contrat d’assurance des prairies

La filiale dommages de Crédit Agricole Assurances commercialise à partir du 15 juin son contrat d’assurance des prairies. Construit en partenariat avec Airbus Defence and Space, il est basé sur un indice de production fourragère établi à partir de mesures réalisées par satellite.

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L’assurance prairie permettra de toucher un capital pour l’achat d’aliments de remplacement, sans déstabiliser la trésorerie de l’exploitation.
L’assurance prairie permettra de toucher un capital pour l’achat d’aliments de remplacement, sans déstabiliser la trésorerie de l’exploitation. - © Cnes 2012-Distribution Airbus DS

Pour l’assurance des prairies, dont la production n’est pas commercialisée, il est impossible de pratiquer de façon classique par passage d’un expert. C’est la numérisation qui apporte la solution. Un indice de production fourragère a ainsi été développé par Airbus Defence and Space et Pacifica à partir de mesures réalisées par satellite. « La corrélation entre cet indice et la pousse réelle a été scientifiquement établie par cinq années de recherche. Nous l’avons testé en conditions réelles et nous sommes sûrs de sa fiabilité » annonce Thierry Langreney, directeur général de Pacifica. « Dès l’automne 2015, nous mettons d’ailleurs gracieusement l’indice de production fourragère à disposition du monde agricole à l’échelle de la petite région fourragère. »

Baisse de rendement par rapport aux années précédentes

À partir de cet indice, a été construit un contrat d’assurance pour les prairies. Pacifica assure la baisse de rendement des prairies de l’exploitation par rapport au rendement moyen des années précédentes. L’indice de production fourragère est en effet comparé à la moyenne de ceux des cinq dernières années, desquelles sont retirées les données de l’année la plus productive et de l’année la moins productive (moyenne réalisée donc sur trois ans). Toutes les parcelles de prairies de l’exploitation doivent être engagées. Sont éligibles les prairies naturelles, les prairies temporaires, les légumineuses fourragères, les landes, les alpages, les estives et les parcours. L’éleveur choisit pour son contrat un niveau de garantie et un niveau de franchise, desquels découlera le coût de l’assurance. Le niveau de garantie peut varier de 600 à 1050 euros par hectare. Il permet par ce biais de s’adapter à la valeur du fourrage et doit refléter les besoins en trésorerie pour acheter des aliments de remplacement. Pacifica a estimé à 150 euros le coût de remplacement d’une tonne de matière sèche non récoltée par des aliments de substitution (paille, céréales, tourteaux) en situation de marché tendu pour cause de sécheresse. Le niveau de franchise pour sa part, exprimé en % de perte de rendement, est à fixer par l’éleveur entre 10 % et 50 % en fonction de la capacité à réaliser des stocks de report d’une année sur l’autre, et de la spécialisation en élevage. L’indemnité est calculée pour ce contrat par la formule : capital assuré x (déficit - franchise). L’éleveur pourra suivre en direct au cours de la saison sur internet (via le site www.pleinchamp.com) la situation du taux de perte de rendement de son exploitation. Après le 31 octobre, l’indemnisation sera déclenchée automatiquement si les conditions sont remplies.

Testé dans 315 élevages en conditions réelles

Pour la campagne 2016, le coût « moyen » de cette assurance (pour une franchise de 25 à 30 %, un capital de 800 à 850 euros/ha) serait d’environ 30 euros/ha. Avec une subvention de 65 % dans le cadre de l’assurance « socle », ce coût moyen est ramené à 10 à 12 euros/ha. Les tarifs pourront varier selon les régions, en fonction de l’amplitude du risque climatique sur les prairies.

Ce contrat a été testé depuis 2013 auprès de 315 agriculteurs installés dans 30 départements différents et conduisant des systèmes variés. Pacifica table sur la signature d’un millier de contrats pour la campagne 2016, et sur plusieurs milliers pour les campagnes suivantes.

Les prairies intègrent désormais le dispositif général de l’assurance « socle », au même titre et en même temps que les secteurs cultures, vignes, et arboriculture.
Les prairies intègrent désormais le dispositif général de l’assurance « socle », au même titre et en même temps que les secteurs cultures, vignes, et arboriculture. - © Véronique Gruber/Haute-Loire Paysanne

Les prairies entrent dans le dispositif subventionnable de l’assurance « socle »

Jusqu’à présent, le seul dispositif auquel étaient éligibles les prairies est le fonds national de gestion des risques agricoles (FNGRA), anciennement fonds des calamités agricoles. Il se déclenche à condition qu’au niveau de l’exploitation, la perte de rendement des prairies soit d’au moins 30 % et que le revenu ait baissé d’au moins 13 %. Et l’indemnisation versée représente au maximum 28 % des pertes subies. La plupart des acteurs s’accordent pour dire que ce dispositif a atteint ses limites du fait de l’augmentation de la fréquence des aléas climatiques et de la situation économique tendue des exploitations. En 2009, les pouvoirs publics ont demandé aux assureurs de proposer une nouvelle solution apte à se substituer au FNGRA, qui constituera une assurance dite « socle », visant à limiter à un certain niveau les impacts des aléas climatiques sur les résultats des exploitations. Cette demande a été réitérée fin 2014 pour une mise en application en 2015. Les prairies intégrent donc maintenant le dispositif général de l’assurance « socle », au même titre et en même temps que les secteurs cultures, vignes, et arboriculture. Dans ce cadre, le coût de l’assurance est subventionnable à hauteur de 65 % selon le type de contrat choisi, à partir d’une enveloppe budgétaire du second pilier de la PAC. L’objectif affiché est que 60 à 70 % de la SAU française soit couverte par une assurance contre les aléas climatiques à l’horizon 2019.

Un indice de production fourragère

Airbus Defence and Space mesure par satellite la fraction productive du couvert des prairies tous les trois jours (technologie fCover). Les données sont converties en un indice de production fourragère pour chacune des 36 100 communes de France tous les dix jours, du 1er février au 31 octobre. « Le fait que l’indice de production fourragère soit établi à l’échelle de la commune permet de s’affranchir des effets des pratiques individuelles des éleveurs sur chaque parcelle et de reproduire l’effet du climat sur la pousse de l’herbe » explique Philippe Pham, directeur général France de l’activité Geo-intelligence pour Airbus. Pacifica et Airbus disposent d’une base de données de douze années d’archive (2003 à 2015).

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