Réussir bovins viande 22 août 2017 à 08h00 | Par François d'Alteroche

Les grands principes pour faire simple et beau

La végétalisation des alentours des bâtiments est une solution pour améliorer le cadre de vie et de travail et préserver la qualité des paysages ruraux. Le végétal peut aider à intégrer des éléments disgracieux, mais mieux vaut anticiper les choses avant de construire.

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Source : Conseil pour l'intégration paysagère des bâtiments agricoles. © Ministère de la région wallonne Source : Conseil pour l'intégration paysagère des bâtiments agricoles. © Ministère de la région wallonne Fraîchement plantée en bordure du chemin d'accès, cette haie composée de différentes essences feuillues permettra d'atténuer l'effet de masse de cette stabulation en bois. © F. d'Alteroche Le choix des essences et leur plantation doivent prendre en compte leur futur développement. © F. d'Alteroche Entièrement en bois, ce hangar s'intègre parfaitement aux abords bocagers de cette exploitation nivernaise. © F. d'Alteroche Une cour de ferme propre, au sol bien stabilisé avec, qui plus est, une bande de gazon le long de la stabulation pour en atténuer le côté "minéral". © F. d'Alteroche Même s'il est classiquement préconisé de masquer la vue des silos par un écran végétal ou une disposition à l'arrière des bâtiments, remplacer la bâche plastique par de l'or © F. d'Alteroche L'accomplissement végétal raccroche les volumes des bâtiments au boisement de la commune. Source : Guide méthodologique pour l'aménagement paysager des abords de ferme. © Chambres d'agriculture L'association du bardage bois et de la haie taillée contribue à la qualité architecturale de ce hangar implanté sur un plateau ouvert. Source : Guide méthodologique pour l'aménagement paysager des abords © Chambres d'agriculture La plantation de bosquets de part et d'autre du bâtiment permet de rompre le volume linéaire.Source : Guide méthodologique pour l'aménagement paysager des abords de ferme. © Chambres d'agriculture

L’intégration paysagère d’une exploitation et de ses bâtiments d’élevage permet d’abord d’améliorer le cadre de vie des éleveurs et de leur famille. Toutes les personnes qui vivent, travaillent ou visitent le territoire sur lequel est situé l’exploitation en bénéficient ensuite par ricochet. Des abords propres, soignés et joliment agrémentés par quelques plantations rendent une ferme accueillante. Ce sont autant d’atouts pour favoriser des activités liées au tourisme rural, à la vente directe mais également à la vente d’animaux reproducteurs. L’intégration paysagère des abords des maisons d’habitations ne pose souvent guère de difficultés dans la mesure où celles-ci sont un bâti ancien, parfois accompagné d’éléments annexes (fontaine, puit, pigeonnier…) qu’il est assez facile de mettre en valeur.

Il en est tout autrement avec les bâtiments d’élevage. La dimension des exploitations s’est accrue. Celle des bâtiments a fait de même. Leurs proportions sont devenues imposantes et les rendent parfois visibles de très loin dans le paysage. Ils gagnent à bénéficier d’une intégration paysagère d’autant qu’en plus de leurs dimensions, leurs caractéristiques (volumes, couleurs, bâtiment tunnel...) se traduisent par une rupture avec l'habitat traditionnel existant. Qui plus est, ils sont souvent associés à des ouvrages annexes (fosses, silos, stock d’enrubannage...) eux aussi peu esthétiques. Les stabulations en bois ont l’avantage d’avoir des teintes neutres facilitant leur intégration paysagère. C’est moins vrai avec le bardage métallique, même si le choix de couleurs sombres leur permet de se fondre plus facilement dans la végétation.

Anticiper avant la construction

Bien évidemment, l’intégration paysagère d’un bâtiment gagne à être analysée avant sa construction. À l’agriculteur et ses conseillers de mener une réflexion en amont pour limiter l’impact visuel qu’il va générer par la suite. Toute réalisation doit préserver au maximum la végétation déjà existante, en particulier les grands arbres qui mettent du temps à pousser. L'objectif est de chercher à fondre au mieux le bâtiment en jouant sur les caractéristiques paysagères locales (essences adaptées, haies, alignements, vergers...). Pour autant, intégrer une construction ne signifie pas vouloir la camoufler. « Vu les volumes du bâti des bâtiments d’élevage, il n’est pas envisageable de faire « disparaître » les bâtiments agricoles, et le paysage n’est pas un décor « muséifié ». Le bâtiment doit répondre à un programme d’agriculture moderne et à ses exigences, mettre en œuvre les moyens de notre époque et composer avec le paysage qu’il va modifier », explique un document réalisé par le CAUE de Franche-Comté. De même, l’aménagement des abords doit être cohérent au niveau économique, et compatible avec les contraintes techniques des exploitations sans pénaliser les conditions de travail ni nuire à son organisation et à sa mécanisation.

Analyser l’impact visuel des bâtiments

Pour élaborer des propositions d'aménagement, la première étape consiste à faire un état des lieux des abords de la ferme. Pour se rendre compte de l’impact visuel des bâtiments, il faut prendre du recul et circuler à pied ou en voiture autour de l’exploitation, en particulier depuis ses différentes voies d’accès. Cette observation permet de cerner les bâtiments disgracieux et les zones les plus exposées aux regards extérieurs. Elles seront traitées en priorité.

Il ne faut pas oublier non plus de penser le paysage en fonction des saisons et de l’évolution de la végétation (perte des feuilles, couleurs printanières ou automnales, etc.). Disposer de photos prises à différentes périodes de l’année est un atout pour mieux analyser comment peut évoluer la situation. L'objectif de l'intégration paysagère est d'établir une continuité avec l'environnement immédiat. Il ne s'agit donc pas de cacher les bâtiments derrière des rideaux végétaux mais de leur permettre de mieux s’insérer dans le paysage. La végétation sert de trait d’union entre le paysage environnant et les constructions. Arbres et arbustes, isolés ou alignés, en bouquets, en bosquets et en haies deviennent un matériau vivant qui permet de remplir toutes les fonctions utiles d’écran visuel, d’ombragement, de barrière, de protection, de délimitation, de signalétique... autant de fonctions qui contribuent à améliorer le cadre de vie. On gagne toujours à s’inspirer des éléments qui composent le paysage avoisinant. Une haie taillée ou libre peut se poursuivre de part et d’autre du chemin d’accès. Un arbre isolé peut servir de point de repère. Une simple haie peut souligner le tracé du chemin...

Privilégier les doubles entrées

Le traitement de l’entrée de la ferme est à privilégier. L'entrée doit être agréable et attractive. Ce qui n'est pas toujours compatible avec le passage régulier d'engins. C’est pour cela que l'idéal est de pouvoir différencier l'accès aux bâtiments de celui de la maison d'habitation. Cela permet de gagner en propreté mais également en sécurité. L'organisation des voies de circulations doit permettre le déroulement des activités dans les meilleures conditions. Leur aménagement doit faciliter les déplacements et les dessertes entre bâtiments, zones de stockages et maison d'habitation. Ces voies de circulations doivent avoir des emprises délimitées. Il est bon de prévoir des aires de stationnement et faire en sorte qu’elles soient respectées sans empiéter sur les plantations de bordures de chemin et les surfaces en herbe.

La cour de ferme est à l'image de la qualité du cadre de vie, de travail et d'accueil recherché. Son aménagement gagne à valoriser l'architecture des bâtiments anciens. Mais il faut également anticiper sur le temps de travail nécessaire à l'entretien de ces espaces. On gagne souvent à rechercher simplicité et facilité. Attention à ne pas abuser des essences qui devront être taillées. Une simple bande gazonnée, accompagnée d’un bel arbre contribue déjà à rompre avec l'ambiance froide d'une cour trop « minérale ». En périphérie du bâtiment quelques arbres suffisent souvent à adoucir la perception d'un bâtiment trop imposant. Les fleurs sont un atout, mais il ne faut pas confondre insertion paysagère et fleurissement. La simplicité est souvent gage de réussite.

Cinq principes essentiels

-1- Privilégier les essences locales

Les feuillus sont à privilégier, d’autant que les conifères sont moins aptes à protéger du vent. Attention aussi aux haies composées d’arbres ou d’arbustes d’une seule espèce qui pourront tous péricliter en cas de maladie. Diversifier les essences, laisser la part belle à celles produisant fleurs, puis baies et fruits contribue à favoriser de nombreuses espèces animales (oiseaux, insectes).

Dans tous les cas, un principe fondamental est que tout projet de végétalisation gagne à être réalisé avec des essences locales, diversifiées et génétiquement adaptées au climat (gel, sécheresse…). Plantés jeunes, leur coût est faible, voire nul et favorise leur reprise. Arbres et arbustes de pays se démarquent aussi par leur harmonie avec la végétation située en périphérie. Il est recommandé de les maintenir en forme libre pour limiter par la suite le temps d’entretien.

-2- Jouer sur le bois et la pierre

Le bois est un matériau très présent dans les campagnes. Barrières, clôtures et portails s'intègrent facilement dans le paysage. Leur mise en oeuvre est simple et peu onéreuse. Pour la construction ou la rénovation, le bois se mélange facilement avec d'autres matériaux. La pierre, les vieux murs, les vieilles fontaines renforcent le caractère d'une ferme, son appartenance à un terroir. C'est aussi un témoin de savoir-faire traditionnels qu’il est important de préserver et mettre en valeur

-3- Chemins et cours de ferme

Les chemins et cours de ferme permettent les déplacements entre bâtiments, routes, chemins, lieux de stockages, maison d’habitation et lieux d’accueil ou de stationnement. Ils doivent être stables, bien tracés et adaptés au type de circulation (troupeau, matériel agricole, voiture, public...). Rien ne sert de les sur-dimensionner, au risque de se retrouver avec de vastes espaces minéraux uniformes. Limiter les surfaces étanches facilitera l’écoulement des eaux. Plus un chemin s’adapte au relief naturel et plus son entretien est facilité. Les coûts, l’impact des terrassements et les risques de ravinement seront réduits. Les revêtements de sol gagnent à être stabilisés avec des agrégats de provenance locale.

-4- Stockages et silos

Les stockages ont un fort impact visuel : silos d’ensilage, balles enrubannées, fumières... Pour autant, leur emplacement doit être fonctionnel par rapport aux bâtiments. Pour les camoufler, penser aux haies déjà existantes qu’il est possible de laisser monter. Si besoin, des plantations peuvent contribuer à limiter les nuisances visuelles. Elles peuvent aussi être un atout sur le plan de la sécurité, notamment pour le repérage visuel des fosses et la protection des accès. De même, l’impact des dépôts de ferrailles, plastiques, palettes et déchets en attente d’évacuation périodique sera atténué en les regroupant et les dissimulant derrière un bâtiment, une palissade, une haie...

-5- Réglementation sur les plantations

Chacun choisit de planter comme il le souhaite sur son terrain. Les plantations doivent cependant respecter les règles établies par la municipalité dans les règlements d’urbanisme (plan local d’urbanisme ou plan d’occupation des sols, secteur sauvegardé), dans les règlements de lotissement, ou à défaut dans le Code civil (article 671).

Tout arbre ou arbuste inférieur à 2 m de hauteur doit être planté à 50 cm au moins de la limite de propriété. Si l’arbre ou l’arbuste dépasse 2 m de hauteur, il doit être planté à 2 m au moins de la limite séparative. Mais il est parfois judicieux de prévoir plus de distance, en prévision de la taille à l’âge adulte de l’arbre planté, sans avoir à le tailler... Leur plantation doit prendre en compte leur futur développement et être prévue suffisamment éloignée par rapport aux bâtiments, de façon à éviter d’avoir à réaliser des tailles trop fréquentes et à limiter l’accumulation de feuilles dans les chéneaux.

Quelques " astuces"

Arbres et arbustes jouent de multiples rôles dans le paysage. Un arbre isolé attire le regard. C’est un repère visuel. En groupe ou alignés, ils mettent en valeur un corps de ferme, délimitent un espace, masquent une vue ou un lieu disgracieux. Haies et arbres adoucissent les lignes géométriques des bâtiments, et brisent leur aspect massif. Selon sa composition, son mode de gestion (taillée ou haut jet) et son implantation, la haie accompagne et rompt la monotonie d’un corps de ferme, le dissimule si besoin et aménage une transition avec le paysage de la campagne environnante.

Fleurs. Souvent présentes dans les cours de ferme, elles apportent couleur et gaieté et permettent de mettre en valeur un vieux patrimoine architectural (puits, ancien abreuvoir, vieux four).

Mares et fontaines sont des points d’attraction. Les fontaines sont particulièrement appréciées en raison de leur côté « musical » et du petit coin de quiétude et de fraîcheur qu’elles génèrent.

 

En savoir plus

Les sites internet des différents CAUE proposent différentes publications sur la végétalisation et l'intégration paysagère des bâtiments.

Site portail national : www.fncaue.com.

À consulter aussi :

www.architecturesagricultures.fr

www.ap32.fr

http://agriculture-urbanisme-territoiresdurhone.fr

Avis d'expert

. Christophe Joly, architecte au CAUE de la Nièvre :

« Travailler en amont de la construction et donner priorité au bois »

« En matière d’insertion paysagère, notre volonté est de travailler le plus en amont possible, dès que les éleveurs ont un projet, donc bien avant que le permis de construire ne soit déposé. Cela permet une bonne étude de la localisation du nouveau bâtiment et de son volume par rapport aux parcelles, au relief, aux bâtiments déjà existants mais également aux arbres et haies situés à proximité. Trop souvent, les agriculteurs n’anticipent pas suffisamment et se retrouvent quelques années plus tard avec une disposition de leurs hangars et stabulations qui complique, voire empêche toute extension à partir de l’existant.

Pour l’intégration du bâti dans le paysage, le recours systématique aux bardages en bois permettrait à mon avis de résoudre bien des difficultés, même si le choix de certaines teintes pour les bardages métalliques limite leur impact visuel. Dans mon département, des éleveurs commencent à être sensibilisés à tout l’intérêt du bois dans les bâtiments agricoles, mais c’est un travail de longue haleine et il faut faire œuvre de pédagogie. Outre l’ambiance et les aspects thermiques et sonores, il faut aussi mettre au crédit des bâtiment en bois leur bilan carbone nettement plus intéressant que celui des bâtiments en acier. Favoriser le bois dans la construction devrait être davantage encouragé. Ce serait favorable à la qualité de nos paysages et à l’ensemble de la filière bois. Ce n’est malheureusement pas le cas et tant que l’acier demeurera moins cher que le bois dans les devis, la prédominance du bâtiment acier continuera. »

 

. Emmanuelle Limare, paysagiste conseil au CAUE de Saône-et-Loire :

" Casser l'effet de masse du bâtiment "

« L’idéal est de faire un plan d’ensemble d’organisation des espaces dès le début du projet de construction, récapitulant les entrées, les accès, les plantations, les stockages, les silos et surtout le fonctionnement avec les bâtiments déjà existants. En Saône-et-Loire, ces aspects sont globalement assez bien réfléchis en amont de la construction. Bien raisonner les couleurs et les volumes du bâtiment font partie des données clés de l’intégration paysagère. S’inspirer de l’environnement proche permet de relier la nouvelle construction au paysage : clôtures, haies, bosquets, vergers, arbres isolés, chemins, murets. Quelques arbres facilitent l’insertion de stabulations aux volumes souvent imposants. Les alignements rigoureux ne font que renforcer l’impact visuel du bâtiment. L’idée n’est pas de planter des rangées d’arbre en périphérie du bâtiment pour chercher à le masquer. Il est préférable d’opter pour quelques arbres isolés ou en bosquets de façon à casser l’effet de masse du bâtiment. Utiliser des tirages papiers de photos sur lesquels on peut dessiner ou poser un papier calque permet de voir l’impact visuel de ces plantations une fois qu’elles auront grandi.

Je préfère donner priorité aux essences locales à feuilles caduques, du moins pour nos paysages de Saône-et-Loire où les feuillus dominent. L’effet bioclimatique de ces plantations (brise-vent, ombre…) n’est pas non plus à négliger. Qui plus est, planter ces essences locales n’a rien de bien coûteux, avec le plus souvent la possibilité de récupérer des rejets et jeunes plants à proximité. »

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