Réussir bovins viande 13 août 2013 à 14h58 | Par François d’Alteroche

Le sursemis pour rénover les prairies

Face à des prairies dégradées, le sursemis est une solution pour leur donner une nouvelle jeunesse. Quelques précautions doivent être respectées pour éviter les déboires.

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Levée de graminées suite à un sursemis Après une fauche en ensilage, la végétation est plus lente à redémarrer, ce qui améliore la réussite du sursemis à cette période.
Levée de graminées suite à un sursemis Après une fauche en ensilage, la végétation est plus lente à redémarrer, ce qui améliore la réussite du sursemis à cette période. - © F. d'Alteroche

Le sursemis consiste à réimplanter des semences dans une prairie déjà existante pour en améliorer la productivité et la valeur alimentaire. Réalisée avec des graminées pures ou des associations, la technique vise à renforcer la présence de certaines espèces pour conforter le volet qualitatif et quantitatif de la production fourragère à venir, sans détruire totalement le fond prairial déjà existant. C’est en particulier une solution pour rénover des surfaces en herbe dégradées lorsque pour des questions réglementaires, il n’y a pas la possibilité de les retourner. Autre avantage comparativement à un semis derrière labour, le sursemis évite les risques d’érosion et la remontée de cailloux sur des parcelles qui ne sont pas toujours labourables compte tenu de la pente ou de la nature du sol. De plus, la vie du sol et en particulier l’activité des vers de terre est moins perturbée. Cette technique trouve également tout son intérêt lorsqu’un éleveur veut éviter une interruption prolongée de la prairie à rénover ou pour récupérer un jeune semis dont la levée aura été un peu trop irrégulière. « On parle de prairie dégradée lorsque sur un mètre carré on voit l’équivalent d’au moins la surface d’une assiette sur laquelle il n’y a pas de végétation. En pratiquant un sursemis, ces espaces libres seront autant de surfaces sur lesquelles les jeunes plantes trouveront de la place pour s’installer », explique Bruno Osson, technicien au Gnis. Réussir un sursemis est cependant plus pointu qu’un semis classique sur sol nu. Plusieurs conditions doivent être respectées pour obtenir des résultats satisfaisants.

Bruno Osson. « Attention, ce n’est pas le prix du matériel qui fait la qualité et la réussite du semis ! »
Bruno Osson. « Attention, ce n’est pas le prix du matériel qui fait la qualité et la réussite du semis ! » - © F. d'Alteroche

Quand sursemer ?


Quelle que soit la période retenue, il faut intervenir sur une végétation bien rase : moins de 5 centimètres de hauteur. Trois périodes sont possibles. Celle correspondant au réveil de la végétation (fin février à début avril selon les départements) avec souvent le problème de terres froides qui pénalise la rapidité de la germination. Cette période de l’année peut se traduire aussi par un fort risque de concurrence lié au rapide développement de la végétation déjà présente qui risque d’étouffer les plantules fraîchement levées.
Autre possibilité, attendre quelques semaines et la fin du printemps en réalisant le sursemis juste après un ensilage ou un enrubannage. À cette période de l’année, la terre est déjà bien réchauffée. Une certitude, il faut éviter de sursemer derrière un foin, surtout s’il a été récolté tardivement, car il tombe alors beaucoup de graines provenant des espèces déjà présentes. Elles seront autant de concurrence potentielle pour celles que l’on souhaite mettre en place. Fin août est une autre période favorable. La végétation déjà existante est moins poussante, donc moins agressive. À cette période, c’est souvent l’hygrométrie du sol le facteur limitant. L’idéal est bien entendu d’avoir la chance de semer dans une terre un peu sèche avec juste derrière une chaude pluie d’été. Attention aux semis trop tardifs. Avec des nuances selon l’altitude et la latitude, il est préférable d’éviter ce type de semis après fin septembre.


Que sursemer ?


Il est important de donner priorité à des espèces agressives et rapides d’installation : RGH, RGA, Brome, voir RGI si on a un besoin urgent de fourrage pour compléter dès l’automne des première coupes insuffisantes. « Pour les espèces plus lentes d’installation (fétuque élevée, dactyle), il faut maîtriser la hauteur de la flore initiale pour favoriser l’accès à la lumière des jeunes plantules par pâturage ou broyage. Attention cependant avec ces espèces, le sursemis est plus aléatoire et sa réussite passe par de très bonnes conditions lors de la mise en terre des semences, puis au cours des semaines qui suivent », prévient Bruno Osson. Côté légumineuses, les deux espèces à privilégier sont le trèfle blanc pour une utilisation plus orientée pâture et le trèfle violet si priorité est donnée à la fauche.

- © RBV

Avec quoi sursemer ?


Trois grands types de matériels peuvent être utilisés, mais quelle que soit la solution retenue, il ne faut pas semer à plus d’un centimètre de profondeur :
1- Des semoirs spécialisés pour le semis direct avec s’il s’agit de sols argileux une réserve liée au risque de lissage des parois de la ligne de semis.
2- Des semoirs à céréale classiquesen relevant les socs de semis et en précédant le semis par un hersage léger avec une herse à prairie de façon à griffer le sol pour que les graines puissent être au contact de la terre. Opération qui doit impérativement être suivie d’un roulage. Une méthode qui du fait de ces trois passages nécessite un temps de travail plus important, mais avec un matériel qui est présent dans la plupart des exploitations.
3- Une herse à dent rigide équipée d’un distributeur centrifuge habituellement utilisé pour épandre du granulé anti-limaces suivie d’un passage de rouleau. Certes rapide, cette façon de procéder présente l’inconvénient de répartir les graines de façon très aléatoire, en particulier si ce sont des semences de graminées et d’autant plus si la météo du jour est venteuse. Cette remarque est moins vraie pour des graines de légumineuses.

À quelle dose sursemer ?


La dose préconisée oscille entre 15 et 30 kg par hectare de semence de graminées pures ou d’associations. Une large fourchette très dépendante de la technique utilisée pour le sursemis et de l’état de la prairie. Avec un semoir spécialisé, il convient de prévoir la même dose que pour un semis classiquement réalisé après travail du sol. Pour les autres techniques, il est conseillé d’augmenter un peu (jusqu’à 50 %) la dose de semence. Un pourcentage à doser selon le degré de dégradation de la prairie et les conditions climatiques.


Favoriser le contact graine/terre


L’une des clés de la réussite, c’est un sol bien rappuyé juste après le semis pour favoriser le contact entre la terre et la graine et permettre à cette dernière de profiter au mieux de l’humidité résiduelle du sol qui constitue souvent un facteur limitant à la période de l’année où sont réalisés ces sursemis. Passer un rouleau compartimenté est une première solution. Faire passer rapidement (quelques jours) un lot d’animaux (20 à 30 ares/UGB) juste après le semis en est une autre. Si la portance du sol ne pose pas de problème, leur piétinement va favoriser le contact de la graine avec le sol. Cela permettra également de diminuer la hauteur du couvert et limitera la concurrence vis-à-vis de la lumière.



Et après ?


Comme pour toute parcelle, il est bon d’aller régulièrement y jeter un coup d’œil. Si la végétation déjà en place redémarre avec beaucoup de vigueur juste après le semis et que les plantules qui viennent de lever peinent à voir la lumière, un coup de broyeur est une possibilité. « La clé de la réussite, c’est avoir des jeunes plantules qui aient accès à suffisamment de lumière dès le démarrage », conclut Bruno Osson.

Huit conseils pour réussir un sursemis

La réussite d’un sursemis est liée à la conjugaison de différents facteurs qu’il est bon de respecter pour mettre toutes les chances de son côté.

1- Pas d’apport d’azote afin de ne pas favoriser la flore déjà en place.

2- Intervenir sur une végétation la plus rase possible pour qu’un maximum de lumière arrive au niveau du sol.


3 - Choisir des espèces agressives

4 - Intervenir sur un sol ouvert. La préparation du sol est par définition sommaire, mais il faut créer des conditions favorables à la germination.

5 - Travailler en conditions optimales c’est-à-dire sol réchauffé, friable et légèrement humide.

6 - Ne pas « enfouir » les graines, elles doivent être à 1 cm de profondeur.

7 - Bien rappuyer le sol après semis pour favoriser le contact terre/semence.

8 - Privilégier le sursemis après une première coupe ou en fin d’été. La pousse de la végétation déjà en place sera moins exubérante qu’en début de printemps.

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