Réussir bovins viande 05 février 2016 à 08h00 | Par François d'Alteroche

Le Foll est venu au Congrès de la FNB... mais a déçu

Face à des éleveurs passablement remontés, Stéphane Le Foll a démontré l'épaisseur de sa cuirasse à l'occasion du dernier Congrès de la Fédération Nationale Bovine. Pour autant il n'a pas annoncé de remède au marasme du moment.

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Le fauteuil réservé au représentant du groupe Bigard est resté vide tout au long du Congrès.
Le fauteuil réservé au représentant du groupe Bigard est resté vide tout au long du Congrès. - © F. d'Alteroche

Sifflets lors de son arrivée, sifflets lors de son départ... Pour sa venue au dernier Congrès de la Fédération Nationale Bovine à Bourg en Bresse, les éleveurs ont une nouvelle fois signifié à Stéphane Le Foll leur exaspération face au marasme auquel est confronté leur secteur depuis plusieurs mois. La question du prix du produit a été le fil conducteur tout au long du Congrès. Le coeur des discussions est resté centré sur le prix des femelles allaitantes et plus particulièrement celles de conformation ordinaires.

Faute de pouvoir intégrer les créneaux qualité les plus rémunérateurs, une part croissante de leurs muscles est destiné à être haché. Ce mode de présentation rencontre un succès croissant auprès des consommateurs, mais tire vers le bas le prix réglé au producteur. L'origine « allaitante » de la viande hachée est rarement mis en avant par les opérateurs de l'aval, lesquels préfèrent communiquer sur d'autres volets (teneur en matière grasse, praticité du packaging, mode de présentation...). Pour les animaux dont une forte proportion des muscles est destinée à ce créneau, le prix réglé au producteur tend de ce fait à se rapprocher dangereusement de celui des réformes laitières.

Chaise vide

Opérateur incontournable sur le marché du haché, le groupe Bigard avait été invité à dialoguer avec les producteurs à ce sujet. Sa chaise est restée inoccupée tout au long du Congrès. Une absence maintes fois dénoncées. «Quand on est le premier opérateur de France, on se doit d'être présent !» a souligné Xavier Beulin, Président de la Fnsea.

Dans un discours forcément revendicatif, Jean-Pierre Fleury n'a eu de cesse de dénoncer la vision « à très court terme » de l'aval. Une filière « égoïste » où le « chacun pour soi est la règle ». « Il ne pourra être question de maintenir l'ensemble des exploitations bovin viande si un changement de modèle économique ne s'observe pas à brève échéance. (...)Vous héritez de la facture de vos prédécesseurs de droite ou de gauche, qui ont laissé s'installer des pratiques commerciales dignes de la mafia. »

Faute de représentant du groupe Bigard, Stéphane Le Foll et les représentants des enseignes Leclerc et Carrefour ont été un peu seuls à essuyer la colère des producteurs. Ils ne l'ont d'ailleurs pas calmée dans la mesure où aucune annonce importante n'a été proférée.

Stéphane Le Foll a expliqué que la Turquie allait prochainement lancer un appel d'offre pour importer 35 000 tonnes de viande bovine. « Ce sera un exercice grandeur nature pour voir comment réagissent à cette occasion les différents acteurs de la nouvelle plate-forme France Viande Export. » Les services du Ministère sont également à l'oeuvre pour faire activer les discussions sur le volet sanitaire avec ce même pays de façon à rétablir les flux de bovins maigres.

Tensions et bougies

Après avoir rappelé que le rôle du ministère n'était pas de s'immiscer dans les relations commerciales entre opérateurs de l'aval, Stéphane Le Foll s'est attaché à apporter quelques réponses aux revendications énoncées quelques minutes auparavant par Jean-Pierre Fleury. Il a tout d'abord précisé que les dossiers de demande d'aide seront tous traités par l'administration dans les meilleurs délais et qu'un allègement des cotisations MSA était à l'étude à l'horizon 2017.

Pour ce qui est des évolutions du prix des animaux le service des cotations de France Agrimer intègrera désormais les primes qualités. Un futur décret a été annoncé, lequel permettra aux éleveurs « de disposer d'un laps de temps suffisant pour contester le classement d'une carcasse. » Sur la dimension des installations classées, le ministre s'est engagé à faire remonter de 400 à 800 places le seuil retenu. Aucune bonne nouvelle en revanche pour ce qui est de la traçabilité de la viande dans les plats préparés.

La tension est partiellement retombée quand les Jeunes Agriculteurs de l'Ain ont fêté l'anniversaire de Stéphane Le Foll (né le 3 février 1960) en lui offrant un millefeuille surmonté de quelques bougies visant à dénoncer le millefeuille administratif, et un réveil (rose !) afin que le gouvernement se réveille enfin. « Il y a urgence. »

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