Réussir bovins viande 06 juin 2016 à 08h00 | Par Sophie Bourgeois

" La méthanisation soutient notre activité d’engraissement "

Près de Vérone dans le nord de l'Italie, la ferme della Torre engraisse 4000 mâles et 1 500 femelles par an. En parallèle du passage à l’injection directe pour les méthaniseurs, le projet est de doubler la taille de l’atelier bovins.

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Pour les femelles, un paddock de 2100 m2 loge 100 animaux. De la paille est disposée sous les auvents pour le couchage. Un abreuvoir de 4,5 m de long est accessible pour deux lots de cinquante génisses.
Pour les femelles, un paddock de 2100 m2 loge 100 animaux. De la paille est disposée sous les auvents pour le couchage. Un abreuvoir de 4,5 m de long est accessible pour deux lots de cinquante génisses. - © S. Bourgeois

La ferme della Torre, à Isola Della Scala dans la province de Vérone (Venétie), est une coopérative créée en 1966, regroupant une cinquantaine d’agriculteurs. Elle fait elle-même partie d’un grand groupe coopératif d’agrofourniture et de collecte, le Consorzio agrario del Nordeste. Les surfaces cultivées sont pour partie propriété de la coopérative, pour partie en location auprès des actionnaires ou auprès de divers propriétaires. « Depuis les débuts de la coopérative, nous avons engraissé beaucoup, beaucoup d’animaux, sans pour autant faire fortune. Nous sommes déjà satisfaits de ne pas perdre d’argent », déclare un administrateur de la coopérative. « Aujourd’hui, ce qui mène l’élevage est la dynamique du biogaz ou du photovoltaïque. » Ici, toutes les déjections bovines sont en effet méthanisées en cogénération. Et le projet pour la ferme dans les prochaines années est de passer l’installation en injection directe de méthane. « La capacité de l’atelier d’engraissement serait alors doublée pour atteindre 10 000 places. »

Pour l’heure, la conduite de l’atelier d’engraissement correspond aux pratiques classiques dans la plaine du Po. Pratiquement tous les animaux proviennent de France. Ils sont à 90 % charolais et 10 % aubrac. Une partie des places sont louées par des abattoirs ou d’autres partenaires, mais la coopérative gère la conduite sanitaire et l’alimentation de l’ensemble des animaux.

Le taux de rotation pour les mâles est de 1,7 et ils sont engraissés jusqu’à 700 kg, parfois davantage, à l’âge de 16 à 18 mois. Les femelles, qui représentent une moindre partie des effectifs, tournent à raison de deux lots par an. Elles sont abattues après pile six mois d’engraissement en Italie, pour bénéficier de la prime nationale, et avant l’âge de 24 mois, à un poids vif de 550 à 600 kilos. « Pour pouvoir bénéficier d’une prime nationale pour animaux « engraissés en Italie », les bovins doivent en effet faire preuve d’une présence d’au moins 180 jours sur l’élevage. L’an passé, le montant de cette prime nationale s’est élevé à 45 à 50 euros », explique Dr Michele Murano, chargé du suivi sanitaire et alimentaire des animaux. Michele Murano, vétérinaire, est salarié du Consorzio agrario del Nordeste et visite deux fois par semaine l’ensemble des lots d’animaux.

Les mâles sont engraissés par cases de six sur caillebotis.
Les mâles sont engraissés par cases de six sur caillebotis. - © S. Bourgeois

Une seule ration pour les mâles et une seule pour les femelles

Deux salariés sont présents en permanence sur l’atelier d’engraissement. La conduite est simplifiée avec seulement une ration pour les mâles et une ration pour les femelles (voir tableau). Elles sont basées sur l’ensilage de maïs, le maïs grain humide, et un aliment complémentaire formulé et fabriqué par le Consorzio agrario del Nordeste à 22,5 % de MAT, contenant notamment du soja extrudé et de l’urée. Le maïs ensilage est estimé à 140 euros la tonne. La ferme est équipée de trois mélangeuses automotrices. La ration est distribuée à volonté deux fois par jour, chaque jour de l’année, sachant que les quantités sont calculées pour qu’il n’y ait pratiquement pas de refus. Les auges creuses dispensent d’une repousse. Le GMQ zootechnique moyen est de 1500 g/j, soit 1450 g/j par rapport au poids commercial. La conformation varie pour les mâles de U2-U3 à E2-E3. Une décote s’applique à la vente si la couleur de la viande n’est pas assez claire. Les animaux sont abattus dans différents abattoirs du nord de l’Italie. Les mâles sont toujours vendus en lots. Pour les femelles, un tri est effectué en partie pour les plus formées ainsi qu’en fonction de leur état d’engraissement (la Toscane recherchant par exemple une viande un peu plus maigre).

Dr Michele Murano (à droite), vétérinaire salarié du groupe coopératif Consorzio agriario del Nordeste, ici en discussion avec un administrateur de la ferme, visite l’ensemble des lots d’animaux deux fois par semaine.
Dr Michele Murano (à droite), vétérinaire salarié du groupe coopératif Consorzio agriario del Nordeste, ici en discussion avec un administrateur de la ferme, visite l’ensemble des lots d’animaux deux fois par semaine. - © S. Bourgeois

Un taux de mortalité de 0,7 % et 1 500 g de GMQ en moyenne

Quelques lots sont pesés trois à quatre fois par an pour vérifier le bon fonctionnement de la ration. Le taux de mortalité a été de 0,7 à 0,8 % en 2015, auquel s’ajoute un taux de 0,5 à 0,6 % d’animaux ayant été vendus non finis après avoir reçu des soins (pour cause d’accident notamment). Les frais sanitaires ont été de 23 euros par animal l’an dernier.

Les animaux sont importés de France à un poids de 400 à 420 kilos. À leur arrivée, les broutards d’un même camion passent trois à quatre semaines ensemble sur une aire bétonnée non couverte. Ils reçoivent du foin à volonté pendant quelques jours, étalé dans les auges à la main. Puis la ration d’engraissement (voir tableau) est adaptée pour le premier mois avec davantage de foin et de pulpes de betterave et moins de protéines. Les animaux sont vaccinés contre l’IBR, la BVD, le RSV et le PI3 (avec un vaccin tétravalent et un rappel à trente jours). Un traitement endectocide et un antibiotique injectable complètent le protocole. Les mâles passent ensuite dans des bâtiments sur caillebotis en cases de six animaux. Seul un « petit » lot des mâles les plus formés est engraissé sur paille. Les femelles, pour leur part, poursuivent leur engraissement dans les paddocks non couverts. Les consommateurs italiens ne voient pas d’inconvénient à ce mode d’élevage en grands ateliers, qui existent depuis des décennies dans le pays. Le fait que les femelles soient élevées en plein air est même perçu plutôt favorablement pour leur bien-être.

Toutes les surfaces gérées par la ferme coopérative, environ 1000 hectares, sont semées en maïs. En ensilage, le rendement moyen est de 20 à 21 tMS/ha. Au total, la ferme utilise chaque année 15 500 tonnes brutes d’ensilage pour l’engraissement des bovins et 9 100 tonnes d’ensilage pour les méthaniseurs. C’est-à-dire que l’équivalent d’environ 150 hectares de maïs sont ensilés à destination de la méthanisation. En pratique, ce sont les maïs les plus secs qui y sont attribués. Du maïs grain humide est d’autre part récolté sur l’équivalent de 450 hectares environ. La consommation de maïs grain sec étant de 2750 tonnes par an, la ferme n’est pas autosuffisante pour cet aliment et une partie du maïs grain sec est acheté à l’extérieur.

 

- © Infographie Réussir

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