Réussir bovins viande 17 novembre 2017 à 08h00 | Par Cyrielle Delisle

L'export de maigre s'accentue

L'habituelle conférence organisée par Interbev au Sommet de l'élevage a été l'occasion de faire le point sur les exportations françaises dans la filière bovine.

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La France est de plus en plus un pays de naisseurs. Les exportations françaises de broutards rebondissent depuis 2014.
La France est de plus en plus un pays de naisseurs. Les exportations françaises de broutards rebondissent depuis 2014. - © Jean-Charles Gutner

Aujourd'hui, 15 % de la production nationale est exporté soit 1,3 million de têtes et 240 000 téc de viande bovine. « La France a tendance à être plus naisseur qu'engraisseur. Seules, la Basse-Normandie et l'Alsace restent acheteurs nets de broutards. Depuis 2014, les exportations françaises de broutards rebondissent, notamment vers l'Italie et les pays tiers méditerranéens. La France se positionne ainsi en premier pays européen exportateur de vif », a expliqué Philippe Chotteau, directeur du département économie (GEB) à l'Institut de l'élevage (Idele), le 5 octobre lors du Sommet de l'élevage, dans le cadre d'une conférence organisée par Interbev, intitulée « Filière bovine : panorama des exports de la France ».

« Contrairement aux prévisions, la part des animaux français est de plus en plus importante dans les ateliers italiens (80 % des bovins vifs). Toutefois, on observe un changement de la demande qui se tourne davantage sur de la broutarde », ajoute-t-il. « En dix ans, nous avons perdu 8 à 12 kilos de viande bovine consommée par habitant et par an pour atteindre aujourd'hui 18,5 kilos. Les Italiens ont également changé leurs habitudes de consommation en se recentrant sur de la viande issue de production locale et en achetant plus de viandes prêtes à consommer. Aussi, nos besoins en petites pièces augmentent (le poids vif moyen des JB à l'abattage est passé de 750 à 700 kilos) d'où un intérêt croissant pour les femelles », explique Fabrizzio Guidetti de l'entreprise italienne Inalca. Par ailleurs, la Grèce est  pour la France un marché complémentaire de l'Italie donc non négligeable, même si les exportations françaises ne font que diminuer depuis 2013.

Espagne, second client de la France en vif

L'Espagne représente le second pays client de la France. On note une forte reprise des importations espagnoles d'animaux vifs (veaux de moins de 80 kilos, de 80 à 160 kilos et bovins maigres de plus de 160 kilos). « Les Espagnols achètent nos veaux et notre maïs, les engraissent, les exportent sur le pourtour méditerranéen. Ils nous prennent des parts de marché, avec nos animaux ! Cela doit nous interroger », observe Philippe Dumas, Président du groupe Sicarev, avant d'ajouter « pour l'instant, les Espagnols achètent des broutards sur PCR négative. Si demain, ils veulent des animaux vaccinés contre la FCO, que va-t-on faire ? Les exportations françaises ont toujours cette épée de Damoclès car il n'existe pas de stratégie de filière quant à la gestion de la FCO. »

« L'Europe reste notre premier marché d'export »

Les exportations françaises de viande bovine réfrigérée ou congelée (entre 220 et 230 000 tec depuis quatre ans) se diversifient depuis 2013 mais restent concentrées sur trois destinations (Italie, Grèce et Allemagne).

Sur le pourtour méditerranéen, les exportations de viande française sont faibles. « En vif, les exportations européennes sont beaucoup plus présentes. La France a vu un développement favorable de ses exports ces dix dernières années. Les opportunités sont parfois importantes mais surtout instables », poursuit Germain Millet chef de projet GEB à l'Idele.

L'Algérie a rouvert ses frontières à la France

« En Algérie qui a rouvert ses frontières, France et Espagne sont les principaux fournisseurs de vif. Si les importations de bovins finis ont largement diminué depuis 2012-2013, la demande en maigre est quant à elle robuste mais souvent perturbée. Ce second marché est largement dominé par la France en raison d'une très bonne adéquation entre l'offre et demande. Toutefois, il suscite des convoitises et notamment irlandaises », commente Germain Milet. Les viandes entrée de gamme dominent les importations mais, depuis 2012, la viande plus qualitative se développe et principalement les achats de frais. Au premier semestre 2017, 2 400 tonnes de viandes françaises ont été expédiées. « Il y a trois ans, on est sorti du marché algérien. L'Espagne a alors pris des parts de marché. Il a fallu trois ans de travail pour pouvoir à nouveau y exporter », ajoute Marc Feunteun de France Viande Export.

« Depuis la crise de 2007, l'Algérie a lancé un programme pour le renouveau agricole du pays. Côté viande bovine, la filière s'est dotée de trois complexes d'abattoirs. Deux sont d'ores et déjà opérationnels. Le troisième le sera en 2018. L'objectif est de satisfaire la consommation avec davantage de production locale. Côté import, on se dirige de plus en plus vers l'achat d'animaux vivants pour utiliser nos outils. On diminue progressivement ceux de viande congelée. Pour le vif, on a deux partenaires potentiels, l'Espagne et la France. Toutefois, on cherche à renforcer nos relations avec la France », expose Sahraoui Benallal, pdg du groupe Alviar en Algérie.

Des dynamiques différentes en méditerranée

Israël s'ouvre progressivement. C'est un marché riche, historiquement fermé et contrôlé afin de garantir la production locale. Toutefois, cela coûte cher à l'État. En 2016, le coût de la politique agricole a dépassé la valeur ajoutée totale du secteur. Les importations sont pour l'instant limitées aux bovins maigres (moins de 300 kilos) et à la viande congelée. Fin 2016, les droits de douane sur les bovins maigres ont été supprimés. Mars 2017, les premiers bateaux français sont partis. Côté viande, une réduction progressive des droits de douanes sur la viande fraîche a été décidée de 2015 à 2020. « Israël représente un marché d'avenir pour la France. La forte technicité des éleveurs de ce pays offre la possibilité de valoriser de la génétique et le pouvoir d'achat élevé, la valorisation de la sécurité sanitaire et de la qualité », observe Germain Millet.

Sur la Tunisie, l'import reste faible et lié aux aléas climatiques. « Les décisions d'import émanent de l'administration et de l'interprofession pour toujours garder un équilibre entre production locale et consommation. Le consommateur tunisien apprécie la qualité et préfère la viande fraîche. Ces trois dernières années, nous avons principalement travaillé avec la France », note Elyes Ben Ameur de l'entreprise Ellouhoum en Tunisie.

Côté turc, une ouverture toujours en attente

De son côté, la Turquie reste un marché en expansion. C'est un importateur structurel et croissant de produits bovins (+ 10 % des abattages par an sur 2005-2016) mais soumis à l'instabilité réglementaire. Ainsi, les importations turques varient très fortement en fonction des dispositions légales (volume, origine, types d'animaux). « Définir une stratégie d'export vers la Turquie est très complexe. Néanmoins, elle revêt un potentiel indéniable », souligne Germain Millet. La Turquie recherche du volume et travaille par appels d'offres de l'État. C'est le prix qui remporte le marché. « On est tous le nez à la fenêtre mais on reste prudents », observe Gérard Poyer, président de la FFCB.

L'Égypte est, quant à elle, le premier marché de la Méditerranée. Les achats sont corrélés aux finances de l'État égyptien et centrés sur la viande entrée de gamme. L'import de vif est un segment très concurrentiel. Ce marché potentiel est actuellement paralysé par la crise monétaire du pays mais reste à surveiller de près.

Le pourtour méditerranéen est un importateur structurel de denrées alimentaires avec une population en hausse et culturellement portée sur le boeuf. La demande restera croissante pour tous les produits bovins mais c'est un marché instable car bousculé par les crises (monétaires, financières, sanitaires, humanitaires...). Les pays de l'Union européenne restent tout de même notre premier débouché, avec près de 95 % de nos exportations de viande.

« Quand il y a une concurrence prix, on voit que la Pologne figure en tête sur la viande (viande polonaise 25 % moins chère que la viande française) et l'Espagne sur le vif. Mais, lorsque l'on se trouve sur des marchés qui segmentent et augmentent la consommation qualitative et parlent d'origine, on résiste mieux voire même on gagne en parts de marché. Sur ce créneau, on est capable de se défendre », conclut Emmanuel Bernard, responsable commission export de la FNB.

Un marché allemand qualitatif où la France gagne des parts de marché

Le marché européen a été extrêmement impacté par la crise de 2008-2009 et la consommation de boeuf peine toujours à s'en remettre. À l'exception toutefois de l'Allemagne, seul pays où la consommation de viande bovine est supérieure à celle d'il y a 10 ans. « Cette croissance se fait par substitution à celle de porc, jugée trop industrielle et s'explique également par la présence de populations émigrées, plutôt musulmanes qui favorisent la viande bovine », analyse Philippe Chotteau. Cette croissance profite à la France. « Il ne faut pas sombrer dans le pessimisme, aucun pays ne fonctionne de la même manière. L'export de broutards vers l'Allemagne subit une belle embellie et se positionne sur du haut de gamme. Les animaux de race charolaise sont épargnés par rapport à la viande polonaise. C'est une chance pour la France et une vraie plus-value », constate Mathieu Pecqueur, directeur général adjoint de Culture Viande.

Chine, où en est-on ?

La Chine est un marché qui fait rêver tout le monde. La procédure est toutefois longue pour y accéder. Sur les huit étapes, nous venons tout juste de passer la seconde, la troisième étant difficile à franchir car elle nécessite de faire venir une mission d'audit chinoise en France. Or, les fonctionnaires chinois sortent difficilement de leur pays et la Chine est un marché très convoité. « Si on obtient une mission d'audit en 2018, on peut espérer voir les portes de l'Empire du milieu s'ouvrir d'ici deux à trois ans. Il sera ensuite indispensable d'avoir une communication importante, de créer des liens commerciaux et des programmes de coopération et, de profiter de visites politiques de haut niveau pour faire avancer le dossier. La concurrence étant rude, il faudra également repérer certains segments de marchés où percer », explique Carole Ly de FranceAgriMer.

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