Réussir bovins viande 15 décembre 2016 à 08h00 | Par Cyrielle Delisle

" J'ai calculé mon empreinte carbone pour me positionner "

Julien Boulet est l'un des premiers éleveurs à avoir réalisé une évaluation de l'empreinte carbone sur son exploitation. Un an après le lancement de ce projet Life Beef Carbon, la filière viande fait le point sur son plan de réduction d'empreinte carbone.

Abonnez-vous Réagir Imprimer
- © C. Delisle

« L’environnement, j’en entends beaucoup parler ! D’autant plus que je commercialise une majorité de ma production en vente directe », commence Julien Boulet, éleveur à Saint-M’Hervé en Ille-et-Vilaine, avant de poursuivre, « j’ai tout de suite accepté d’intégrer le projet Life Beef Carbon lorsque mon conseiller me l’a proposé. Connaître mon niveau d’un point de vue environnemental m’apparaissait comme un plus pour la vente directe, notamment face à une clientèle de non avertis (vente aux particuliers sur Paris, Vitré, Rennes...). »

Ce programme, lancé officiellement au Sommet de l’élevage 2015, représente le plan d’actions de la filière viande visant à réduire de 15 % son empreinte carbone, d’ici dix ans, tout en restant en cohérence avec les autres indicateurs environnementaux (qualité de l’eau,de l’air, biodiversité) mais aussi économiques et sociaux. Ce projet a pour ambition d’être multicritère. Piloté par l’Institut de l’élevage et Interbev, en collaboration avec les chambres d’agriculture, France contrôle élevage et Coop de France, ce dispositif, d’une durée de cinq ans, implique quatre pays producteurs de viande bovine, la France, l’Italie, l’Irlande et l’Espagne, soit 32 % de la production de viande européenne. L’idée est d’obtenir un observatoire national et européen. Six régions françaises représentatives de l’élevage bovin viande sont impliquées.

Une solution collective pour des fermes allaitantes bas carbone

« Beef Carbon représente une solution collective apportée par la filière face à cet enjeu climatique, grâce au déploiement d’un réseau de 57 partenaires. Ce programme permettra d’objectiver les pratiques et d’étudier concrètement des voies d’améliorations. Pour se faire, 2 000 fermes de démonstration, dont 1 680 françaises et 170 fermes innovantes, dont 125 françaises, seront auditées à l’aide d’un outil d’appui technique multicritère, nommé CAP’2ER (voir encadré). Les recrutements des fermes et les audits seront effectués par les partenaires du projet. Cet outil permettra à l’éleveur de se positionner, de simuler l’effet de nouvelles pratiques et d’évaluer ses contributions positives (stockage carbone, performance nourricière…) », explique Josselin Andurand, responsable du projet Beef Carbon.

« Sur l’exploitation, nous avons réalisé un diagnostic de niveau 1. Rentrer l’ensemble des critères nous a pris une heure et demie. Le plus gros poste concerne les données du troupeau. J’ai été très surpris, à la vue des résultats, de l’impact conséquent des fermentations entériques (52 %) et des effluents (26 %) dans la contribution aux émissions. Les animaux représentent ainsi une part importante des émissions de gaz à effet de serre (GES). Par contre je savais, en rentrant les données, que la fertilisation des cultures allait faire augmenter mon empreinte carbone. En effet, en 2015, année de mon installation, j’ai voulu assurer les stocks en poussant la fertilisation minérale, ce que je ne reproduirai pas à l’avenir. J’ai été également étonné par la compensation carbone permise par les haies. Je ne pensais pas en avoir autant. Au final, mon empreinte nette est de 15,1 kg equivalent CO2 par kilo de viande vive », poursuit Julien Boulet. Cette empreinte reste faible si on la compare aux cas types naisseurs-engraisseurs de bœufs situés à 17 kg eq. CO2/kg vv.

- © Infographie Réussir

Des améliorations techniques, économiques et environnementales

Avant de réaliser ce diagnostic, différentes améliorations du système avaient été prévues sur l’exploitation de l’éleveur. La première concernait l’implantation de 1,3 kilomètre linéaire de haies (soit 10 % de plus que la surface actuelle), la seconde, la réduction de l’utilisation d’engrais chimiques grâce à l’apport de 1200 unités de lisier de porc (récupéré chez un éleveur voisin) et la troisième visait, la diminution de l’âge au premier vêlage passant de 33 à 30 mois, afin de passer en deux périodes de vêlages et de lisser ainsi les ventes. L’implantation des haies est liée au choix de l’éleveur de mettre en place un système de chauffage au bois déchiqueté, dans sa maison d’habitation.

« Avec le projet Beef Carbon, notre volonté était de sortir du monocritère carbone en en intégrant de multiples (stockage C, qualité de l’eau, sol, terre) et de quantifier les impacts positifs (biodiversité, aménagement du territoire…) », note Josselin Andurand, responsable du projet.
« Avec le projet Beef Carbon, notre volonté était de sortir du monocritère carbone en en intégrant de multiples (stockage C, qualité de l’eau, sol, terre) et de quantifier les impacts positifs (biodiversité, aménagement du territoire…) », note Josselin Andurand, responsable du projet. - © C. Delisle

Ces changements, sans être contraignants pour l’exploitant présentent le double avantage d’apporter des améliorations au système actuel (technico-économique) et d’améliorer le bilan carbone de l’exploitation qui passerait à 13,5 kg eq. CO2/kg vv. « Trois exemples de réduction des émissions de GES illustrant parfaitement des leviers surfaces (fertilisation), des leviers troupeaux (reproduction) et des leviers de stockage carbone (haies). Il existe toute une palette de leviers pour limiter l’empreinte carbone de la viande, les uns permettant une baisse des émissions (gestion du troupeau, alimentation, gestion des déjections bâtiments et pâturages, gestion des cultures et de l’azote, consommation de fioul et d’électricité, dépendance aux intrants), les autres agissant en faveur du stockage de carbone. Les conséquences de la mise en place de ces actions doivent bien entendu être évaluées à l’échelle de l’exploitation dont il ne faut pas dégrader la situation. Ces leviers sont classés en trois catégories, économique (financièrement rentable), intermédiaire (coût inférieur à 25 € par tonne de CO2 évitée) et coûteux (coût supérieur à 25 € par tonne de CO2 évitée) », observe Josselin Andurand.

Des comparaisons entre pays

Les consommations d’énergie de l’exploitation restent plutôt basses, conséquence d’un parcellaire peu morcelé et d’un nombre réduit d’hectares de cultures. « L’amélioration des pratiques et l’efficience technique constituent un point clé dans la réduction des émissions, sans changement radical des systèmes de production », souligne le chef de projet. La séquestration du carbone associée à l’activité d’élevage, principalement herbivore permet de compenser une part importante des émissions. Sur l’exploitation de Julien Boulet, cette compensation s’élève à 20 % des émissions de GES. « Pour l’instant, les comparaisons à systèmes équivalents (naisseurs entre eux, engraisseurs de jeunes bovins entre eux…) se feront avec les cas type des réseaux d’élevage, l’ensemble des diagnostics devant être effectué entre l’automne 2017 et fin 2018. Avant cela, il faut former les conseillers à l’outil de diagnostics et recruter fermes de démonstrations et fermes innovantes. Une fois réalisés, les résultats pourront permettre des comparaisons (entre race, avec des exploitations étrangères…). L’Italie a également opté pour l’outil CAP’2ER. L’outil irlandais est lui relativement proche du nôtre. Quant à l’Espagne, elle est encore en train de développer le sien et essaie de se caler au mieux », précise Josselin Andurand. Pour les fermes de démonstrations, un second diagnostic en fin de projet est prévu.

Ce travail permet d’avoir une idée de l’empreinte carbone du bœuf dans son assiette. Les fermes innovantes seront suivies chaque année. Des portes ouvertes y seront organisées. « La ferme de Julien Boulet devrait faire partie des fermes innovantes. « Ces exploitations sont choisies pour la motivation des agriculteurs et pour leur représentativité de la ferme française. Ce sont par ailleurs des exploitations où des évolutions sont possibles. Des échanges seront ensuite effectués entre les pays partenaires. Dans les fermes innovantes, les pratiques carbone identifiées seront mises en place, ce qui permettra de voir comment le curseur carbone évolue et d’évaluer les difficultés rencontrées par les éleveurs », conclut Josselin Andurand.

- Ce projet est financé par la Commission européenne et le ministère de l’Agriculture, par le biais d’un Casdar.

- Le saviez-vous : Beef carbon a été distingué par les Nations unies en obtenant le label officiel LPAA (plan d’Actions Paris-Lima). À ce titre, le projet a été présenté à la COOP 22, à Marrakech. Il a également été reconnu par le ministère de l’Écologie pour le label COP 21 pour sa portée ambitieuse et sa rigueur scientifique.

Chiffres Clés

1,5 UTH

85 ha dont 12,5 en cultures de vente, 17 de prairies permanentes et 55,5 de prairies temporaires

50 mères limousines, engraissement de bœufs et génisses

30 bêtes en vente directe

 

Réagissez à cet article

Attention, vous devez être connecté en tant que
membre du site pour saisir un commentaire.

Connectez-vous Créez un compte ou

Les opinions émises par les internautes n'engagent que leurs auteurs. Réussir Bovins Viande se réserve le droit de suspendre ou d'interrompre la diffusion de tout commentaire dont le contenu serait susceptible de porter atteinte aux tiers ou d'enfreindre les lois et règlements en vigueur, et décline toute responsabilité quant aux opinions émises,

Les ARTICLES LES PLUS...

Voir tous

Voir tous

À LA UNE DANS LES RÉGIONS

» voir toutes 21 unes régionales aujourd'hui