Réussir bovins viande 23 avril 2012 à 11h00 | Par L. Vimond

Implantation du maïs fourrage - Le strip-till pour semer à moindre coût

Originaire du Middle West américain, la technique du strip-till (ne travailler qu’une faible bande sur le rang) perce en Europe et en France. Elle génère des gains de temps, de carburant, de rendements et des bénéfices agronomiques à moyen terme.

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- © Kuhn

Le principe du strip-till consiste à ne travailler qu’une faible bande de terre sur la ligne de semis pour des cultures à fort espacement entre rangs (maïs, colza, tournesol, betteraves…) principalement semées au monograine. Pour chaque rang, l’appareil appelé strip-tiller est doté au minimum d’un disque ouvreur qui coupe les résidus végétaux en surface, suivi de deux chasse-débris en étoile qui écartent ces résidus de la ligne de semis. Vient ensuite la dent, bien souvent jouxtée de disques gaufrés qui affinent et génèrent un petit billon. Enfin, un rouleau escamotable ferme la marche.

« On distingue néanmoins trois types de strip-till, détaille Damien Brun, ingénieur en travail du sol à Arvalis-Institut du végétal. Le strip-till américain qui travaille en profondeur (15 à 25 cm) sur une certaine largeur (15-20 cm) en générant un billon, le striptill à la française (Duro, Jammet), qui fouille profond en perturbant au minimum les différents horizons du sol, et le strip-till superficiel peu utilisé en France.

» Quel que soit l’appareil, en décomposé ou en combinaison avec le semoir, il est indispensable de le choisir avec le même nombre de rangs. Beaucoup de ces appareils peuvent être équipés d’un système d’incorporation d’engrais, lors du passage précédant ou accompagnant le semis. L’apport d’engrais sur le rang est nécessaire au succès du strip-till. En localisant l’apport, certains agriculteurs réussissent même à réduire la dose à l’hectare.

UN SEUL OUTIL TRAVAILLE LE SOL JUSQU’AU SEMIS

Comparé à la traditionnelle préparation de semis derrière labour, le nombre de passages est réduit et dépend surtout de la nature du sol. Dans le cas de taux d’argile élevés, un passage automnal éventuellement suivi d’un autre au printemps (au-delà de 30- 40 % d’argile), quelques jours à trois semaines avant le semis, est conseillé. à l’automne, il faut passer assez tôt en conditions suffisamment sèches.

En limon et sable, un unique passage peu avant le semis peut être suffisant. Aussi, plusieurs constructeurs de strip-tiller encouragent le passage en décomposé pour plusieurs raisons : le porte-à faux en combinaison striptiller/semoir impose un rééquilibrage du tracteur avec un lestage frontal conséquent, ce qui augmente la compaction. Par ailleurs, « il faut laisser le temps au sol de se réchauffer et de se ressuyer, voire de s’affiner dans le cas de l’argile », poursuit Damien Brun.

Enfin, pour être efficace, le passage de strip-tiller doit être réalisé à une vitesse de travail de 8 à 10 km/h, quand on peut difficilement dépasser les 7 km/h avec un monograine. Pour passer dans les lignes du strip-tiller avec le monograine, les constructeurs s’accordent à dire qu’il suffit de débrider les stabilisateurs pour laisser le semoir s’enrailler naturellement dans les passages travaillés. L’autoguidage par GPS peut cependant s’avérer être un plus, notamment en monoculture de maïs si l’on veut intercaler les rangs d’une année sur l’autre.

MOINS DE CARBURANT ET D’HERBICIDES

Laisser une partie de la surface non travaillée favorise le développement des micro-organismes et un retour massif des vers de terre. La matière organique reste plus en superficie et n’est plus diluée dans le fond du sillon de la charrue. Contrairement au semis direct, le strip-till génère un réchauffement et un émiettement du sol procurant un lit de semence favorable à une levée rapide.Tout en gardant de la fraîcheur sur les parties non-travaillées.

Des essais réalisés par Christian Savary et Alice Denis, respectivement conseiller machinisme et agronome à la chambre d’agriculture de la Manche, ont mis en évidence une bien meilleure portance au moment de l’ensilage derrière un strip-till ou un semis direct qu’à la suite d’un semis direct avec ameublisseur ou d’un travail simplifié

QUID DE LA FUMURE ORGANIQUE ?

Le principe du strip-till repose sur un travail minimal, uniquement sur le rang. Or, dans certaines situations, les effluents d’élevage doivent être enfouis. L’une des solutions peut être de travailler superficiellement le sol (moins de 5 cm), après l’épandage.

Cependant, ce mulchage ne facilite pas le passage du strip-tiller et les bandes strip-tillées sont également plus difficiles à suivre. Une autre solution consiste à apporter la fumure organique à l’automne, avant l’implantation d’un couvert végétal. Ce dernier « va recycler l’azote organique tout en structurant le sol, explique Alice Denis. Pour cela, un mélange d’espèces à racines à pivots pour travailler en profondeur et de graminées à racines fasciculées pour aérer les premiers centimètres est idéal. »

Dernière solution à l’étude en Allemagne et aux Pays-Bas, enfouir en strip-tillant. L’idée est d’utiliser le lisier comme engrais starter en attelant un strip-tiller à l’arrière de la tonne à lisier, en guise d’enfouisseur. Les quantités à apporter se limitent cependant à 40 m3/ha, l’idéal se situant autour de 20- 25 m3/ha. Point négatif, cette solution a pour effet d’humidifier et de refroidir la ligne de semis pendant une dizaine de jours.

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