Réussir bovins viande 27 octobre 2015 à 08h00 | Par François d'Alteroche

Essais peu concluants pour les bouvillons de moins de 2 ans

Le groupe coopératif Feder a testé à petite échelle en élevage sur des Salers et des Charolais la production de bœufs de moins de 2 ans. Ils ont été produits à partir de veaux castrés à la naissance.

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En Salers, la plupart des animaux n’ont pas été engraissés chez les naisseurs et le poids objectif d’abattage était de 620 à 640 kilos.
En Salers, la plupart des animaux n’ont pas été engraissés chez les naisseurs et le poids objectif d’abattage était de 620 à 640 kilos. - © F. d'Alteroche

Que ce soit en France, en Italie, en Turquie ou en Algérie, la production de taurillons est la finalité habituelle de la plupart des mâles issus du cheptel allaitant français. La production de bœufs de trois ans, castrés après le sevrage et fournissant des carcasses d’un poids conséquent est réduite à la portion congrue. Elle se cantonne à quelques animaux souvent très conformés, susceptibles d’être valorisés en particulier chez les artisans bouchers. À la demande de l’un de ses clients et en partenariat avec ce dernier, le groupe Coopératif Feder a testé dans plusieurs élevages la production de bouvillons issus de broutards castrés à l’élastique peu après la naissance. Ce travail a été réalisé avec des Salers et des Charolais. Grâce à cette castration très précoce, bien avant que ne s’extériorisent les premiers caractères « mâles », l’ambition était d’obtenir des carcasses pas trop lourdes dont les caractéristiques puissent être plus proches de celles de femelles que de taurillons.

Possible substitut aux femelles

« Il est essentiel de rappeler que lorsque ce travail a été défini, puis mis en place, la conjoncture était radicalement différente de celle de 2015 », précise Raphaël Colas, responsable de l’antenne de Villefranche d’Allier pour le groupe Feder. Le prix des vaches charolaises avoisinait alors 4,5 € du kilo carcasse, renforçant cette ambition de produire avec des mâles des carcasses ayant des caractéristiques proches de celles de femelles. Pour la Salers, ce travail visait aussi à mieux valoriser les broutards dans la mesure où, quand ce travail expérimental a été mis en place, le débouché turc n’existait pas. Les mâles salers légers (moins de 300 kg) étaient moins bien valorisés qu’ils ne l’ont été au cours du printemps et de l'été 2015. L’idée était aussi de pouvoir, à terme, corriger la saisonnalité de sortie des vaches salers finies.

Salers ou Charolais, les animaux concernés sont nés à l’automne 2013 ou début 2014. Une fois à l’herbe avec leur mère, ils ont été conduits de façon similaire à ce qui est classiquement pratiqué avec des broutards non castrés destinés à produire du JB, donc le plus souvent non complémentés. Peu après le sevrage, les animaux ont été mis à l’engraissement avec une conduite alimentaire proche de celle de taurillons, mais avec des rations pouvant être différentes selon les exploitations.

Les premiers ont été abattus au printemps 2015 et les derniers le seront cet automne. Une soixantaine de Charolais et quelque 130 Salers auront alors été concernés avec des tarifs d’achat supérieurs à ceux de JB de façon à ce que ce travail soit suffisamment incitatif pour les éleveurs qui ont accepté de mettre en place, chez eux, ces essais. En Charolais, les animaux provenaient de trois élevages de l’Allier en système naisseur-engraisseur de JB obtenant régulièrement de bonnes performances techniques. Les Salers sont nés dans un plus large panel d’élevages. La plupart provenaient du Puy de Dôme sur des exploitations où il est difficile d’envisager de faire de l’engraissement compte tenu de l’altitude. Ils ont donc été finis en zone de plaine. Quelle que soit la race, les engraisseurs sont unanimes pour mettre en avant le côté placide des bouvillons tout au long de la période d’engraissement. Comparativement à des mâles entiers, cela a facilité les opérations d’allotement et s’est traduit par de moindres besoins en paille de litière. Quant aux performances pondérales et à la qualité des carcasses, elles ne sont pas en phase avec ce qui était attendu avec des résultats contrastés entre les deux races.

Raphaël Colas : « Avec les Salers, l’erreur a probablement été de les conduire comme des babys. On aurait du faire une étape de transition avec des croissances modérées avant de démarrer leur finition. »
Raphaël Colas : « Avec les Salers, l’erreur a probablement été de les conduire comme des babys. On aurait du faire une étape de transition avec des croissances modérées avant de démarrer leur finition. » - © F. d'Alteroche

Faibles croissances en Salers

En Salers, les animaux mis à l’engraissement pesaient en moyenne 310 kilos à 9 mois. L’objectif était de les faire abattre à environ 640 kilos vifs, pour des poids carcasses avoisinant 320 à 340 kilos. Sur les premiers animaux abattus, les niveaux de croissance ont souvent été en-deçà de l’objectif de 1150 grammes/jour avec des niveaux d’ingestion conséquents ramenés aux croissances obtenues. La qualité des rations et la technicité des engraisseurs ne peut être mis en cause dans la mesure où les engraisseurs qui finissent les animaux ont un bon savoir-faire. Côté couleur, la viande était un peu plus colorée que celle de JB Salers, mais pas suffisamment pour pouvoir être comparée à des muscles de vaches, surtout de vaches salers généralement bien colorés.

« Avec les Salers je pensais pourtant que l’on pourrait arriver à obtenir un produit intéressant, reconnaît Raphaël Colas. À mon avis, nous avons fait une erreur en les mettant à l’engraissement dès le sevrage. Ils se sont bloqués et ont été finis trop rapidement sans avoir eu le temps de développer leur carcasse. On aurait probablement eu de meilleurs résultats si on les avait mis à l’engrais à un poids moyen de 380 kilos et non 300. Trois ou quatre mois de pré-engraissement avec des fourrages (foin, enrubannage ou ensilage d’herbe) légèrement complémentés auraient probablement permis d’obtenir de meilleurs résultats. Mais attendre quatre mois supplémentaires augmentait aussi le coût de production. » Les derniers lots actuellement en finition suivent cet itinéraire technique (mise à l’engrais à 370 kilos vifs en avril après un sevrage à 295 kilos en décembre). Les niveaux de croissance sont plus satisfaisants (un peu plus de 1200 g), mais ils n’ont pas encore été abattus.

Trop clair en Charolais

En Charolais, les résultats ne sont guère concluants. « Les croissances ont été bien meilleures qu’en Salers. Elles s’approchent de celles de JB, mais la qualité de viande ne correspond pas à ce qui était espéré, et ne peut en rien être comparé à de la viande de vaches ,» résume Raphaël Colas. Si on analyse les résultats, dans l’une des exploitations, les bouvillons ont eu un gain moyen quotidien (GMQ) inférieur de 100 grammes aux JB de la case voisine, et ce lot a été abattu à un poids moyen de 400 kilos à 17 mois avec une ration similaire aux JB, basée sur de l’ensilage de maïs. « Sur des exploitations où la génétique se traduit par un fort potentiel de croissance, les GMQ ont été de bons niveaux », précise Raphaël Colas en citant une autre exploitation où sur un lot de 15 bouvillons, le poids moyen de carcasse a été de 390 kilos à 473 jours, soit à peine 16 mois.

« Si le produit avait été en phase avec les attentes de l’aval côté couleur et finition, tout aurait été parfait ! » Cela n’a pas été le cas. La viande était trop claire et le persillé intramusculaire presque absent malgré un bon niveau de gras de couverture. Et il était difficile de les abattre plus âgés dans la mesure où la plupart ont atteint l’objectif de poids de carcasse (environ 400 kg) entre 17 et 21 mois.

Animaux calmes mais faibles gains moyens quotidiens

À Paslieres, dans le nord-est du Puy-de-Dôme, Christophe Bouterige a engraissé une quarantaine de bouvillons salers au cours de l’hiver et du printemps dernier dans le cadre d’un contrat passé avec le groupe Feder. Ce travail se poursuit cet automne et vient en complément d’un cheptel Limousin et d’un atelier avicole. Les mises à l’engraissement ont essentiellement eu lieu fin 2014 avec des animaux qui provenaient de plusieurs élevages et quelques lots ont été mis en place au printemps et cet été. « La plupart des animaux sont arrivés à un poids moyen de 300 kilos, l’objectif était de les faire passer à un peu plus de 600 kilos. » Les bouvillons étaient par cases de huit. Leur alimentation reposait sur une ration mélangée associant 7 kilos de pulpe, 1 kilo de foin, 1 kilo de paille, 5 kilos de maïs épi, 20 grammes de sel et trois kilos d’un correcteur à 30 % de protéines. Les animaux consommaient autour de 7 kilos de MS/tête de ce mélange en début d’engraissement et cette quantité passait à 11 kilos peu avant le départ pour l’abattoir. Les croissances ont été très irrégulières avec des extrêmes compris entre 800 et 1500 grammes.

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