Réussir bovins viande 02 août 2017 à 08h00 | Par Sophie Bourgeois

Du soja pour faire le dernier pas vers l’autonomie protéique

Le soja est facile à cultiver et très riche en protéines. Mais sa place dans l’assolement est à définir en fonction de l’offre climatique et de la possibilité de bien faire valoriser les graines par le troupeau allaitant.

Abonnez-vous Réagir Imprimer
Les variétés les plus précoces sont les variétés « triple zéro », pour lesquelles entre la levée et la maturité, il faut atteindre une somme de 1 400 degrés jours en base 6.
Les variétés les plus précoces sont les variétés « triple zéro », pour lesquelles entre la levée et la maturité, il faut atteindre une somme de 1 400 degrés jours en base 6. - © L'Agriculteur Charentais

« Le soja graine entière peut s’incorporer dans la ration des bovins viande dans la limite de 10 % de la matière sèche de la ration », explique Stéphane Martignac, de la chambre d’agriculture de Corrèze. Ceci en raison de sa richesse en matières grasses qui perturbent, au-delà de ces 10 %, les fermentations dans le rumen. La graine de soja crue ne peut donc pas occuper une place importante sous cette forme dans la complémentation en protéines du troupeau. « Sa place dans le système fourrager d’un élevage allaitant relève du « petit plus » qui permettra d’améliorer l’autonomie en protéines, alors que le maximum de protéines aura d’abord été produit par des fourrages riches et à faible encombrement », conseille Stéphane Martignac. La graine de soja crue apporte 1,08 UFL, 1,05 UFV, 215 g PDIN et 76 g PDIE par kilo brut.

Le tourteau expeller de soja ou la graine de soja toastée permettent d’incorporer cet aliment en quantités un peu plus importantes dans les rations(1).

Inoculation et sols à bonne réserve utile d'eau

Du point de vue agronomique, le soja apporte plusieurs atouts. La plante n’a évidemment pas besoin d’azote et c’est une très bonne tête de rotation. Et le soja est une culture facile à conduire, dès lors que quelques précautions sont réunies. L’idéal est de disposer d’une parcelle avec une bonne disponibilité en eau sur une période courte de culture, entre fin juin et début septembre. « Pour réussir l’implantation, il faut préparer un lit de semences assez fin pour faciliter le passage de la batteuse et bien récolter les premières gousses qui sont proches du sol », explique Nina Rabourdin, de Terres Inovia. Le lit de semences doit aussi être aéré pour permettre la mise en place des nodosités. « L’inoculation est indispensable dans la très grande majorité des situations. On peut s’en dispenser uniquement dans le cas des parcelles ayant porté du soja depuis moins de quatre ans, et dont le sol n’est pas trop calcaire ou sableux. »

Plus aléatoire dans les zones d'élevage de l'Ouest

Le choix de la gamme de précocité est très important. Les plus précoces sont les variétés « triple zéro », pour lesquelles entre la levée et la maturité, il faut atteindre une somme de 1 400 degrés jours en base 6. « Si cette somme de température n’est pas atteinte, il est risqué de cultiver du soja car le stade de maturité peut, certaines années, ne pas être atteint en septembre avant le retour des pluies, ce qui peut empêcher la récolte, explique Nina Rabourdin. Et, pour le semis, il faut attendre que le sol soit suffisamment réchauffé afin que la levée soit rapide et le désherbage facilité. » Dans les régions d’élevage du quart Nord-Ouest de la France, la culture du soja demeure, pour ces raisons, aléatoire. Partout ailleurs en France, il est cultivé avec succès. Le soja valorise très bien l’irrigation.

Pour le désherbage, enjeu important pour la réussite de la culture, le nombre de molécules disponibles permet de lutter efficacement contre un spectre assez large d’adventices. Le binage fonctionne également bien sur le soja. Il y a très peu de risques par rapport aux ravageurs. Les charges opérationnelles s’élèvent à, en moyenne, 350 à 450 euros par hectare hors charges de mécanisation et hors coût d'irrigation. Le potentiel de rendement est assez variable. En année très sèche comme l’année dernière, il a pu varier entre 5 et 40 quintaux dans le Centre-Ouest en 2016. En culture irriguée ou terres de marais, le rendement était stabilisé à 33-35 quintaux en moyenne et sans irrigation, le soja a rendu en moyenne 13 à 15 quintaux.

Les graines de soja sont stockées en big bags avant d'être laminées.
Les graines de soja sont stockées en big bags avant d'être laminées. - © Gaec Sardenne Vigroux

Des graines de soja aplaties pour les veaux et les réformes

Au Gaec Sardenne Vigroux, à Peyrissac, en Corrèze. L’élevage limousin bio de Josiane Vigroux et Joël Sardenne est autonome en protéines depuis plus de dix ans. Le système repose sur des enrubannages de pois et triticale, de la luzerne, des fauches précoces de prairies et des mélanges de céréales et protéagineux récoltés en grains. Selon la quantité de protéines obtenue à partir de ces différents aliments, les éleveurs décident de la surface qu’ils vont semer en soja. C’est entre un et deux hectares en général.

« La culture du soja est calée sur celle du maïs grain », explique Josiane Vigroux. Il est semé le même jour, à 80 cm d’écartement pour pouvoir être biné, avec des disques à tournesol ayant été modifiés pour obtenir la densité de semis voulue (400 à 500 000 graines à l'hectare). « La semence est inoculée à chaque fois, car le soja ne revient sur la parcelle que tous les cinq ou six ans. La parcelle a reçu 8 à 10 t/ha de compost à l’automne précédent. » Les éleveurs utilisent souvent de la semence fermière d’une variété triple zéro (OAC ERIN). En général,un passage d'étrille et un à deux passages de bineuse permettent de bien maîtriser les adventices. La récolte est réalisée à la même période que l’ensilage de maïs (indice 280 à 300).

Les graines de soja sont stockées en big bags. Elles passent dans une mélangeuse avec les autres céréales et protéagineux produits sur l'exploitation (triticale, pois, maïs, avoine) puis dans un aplatisseur lamineur.

Les vaches à l’engraissement consomment 4 kilos par jour de ce mélange équilibré, avec un peu de foin, de l’enrubannage très riche en légumineuses et un peu de maïs ensilage. Les veaux, dès qu’ils commencent à manger, disposent à volonté de ce même mélange contenant le soja.

Le rendement du soja varie habituellement entre 30 et 35 quintaux, voire atteint 40 quintaux. Cependant, après deux années sèches successives (rendement de 15 q) et sans possibilité pour irriguer, les éleveurs se posent des questions sur la place du soja cette année. La priorité étant de reconstituer des stocks de fourrage.

Réagissez à cet article

Attention, vous devez être connecté en tant que
membre du site pour saisir un commentaire.

Connectez-vous Créez un compte ou

Les opinions émises par les internautes n'engagent que leurs auteurs. Réussir Bovins Viande se réserve le droit de suspendre ou d'interrompre la diffusion de tout commentaire dont le contenu serait susceptible de porter atteinte aux tiers ou d'enfreindre les lois et règlements en vigueur, et décline toute responsabilité quant aux opinions émises,

À LA UNE DANS LES RÉGIONS

» voir toutes 21 unes régionales aujourd'hui