Réussir bovins viande 03 novembre 2015 à 08h00 | Par Sophie Bourgeois

Donner sa juste place à la luzerne

Même si elle paraît dotée de tous les arguments, la luzerne a avant tout sa place dans la ration de certaines catégories d'animaux. Et sa culture mérite d'être envisagée dans les zones où les conditions pédo-climatiques sont plutôt limitantes.

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Yves Soule, producteur de luzerne, et Christophe Chabalier, de la chambre d'agriculture du Cantal.
Yves Soule, producteur de luzerne, et Christophe Chabalier, de la chambre d'agriculture du Cantal. - © François d'Alteroche

Les atouts de la luzerne ne sont plus à vanter. Son intérêt agronomique la rend très attractive, et elle permet une bonne diversification fourragère. Mais la décision de l’intégrer à l'assolement relève de nombreux facteurs. « Des éléments propres à l’exploitation et pas toujours mesurables sont à bien appréhender », explique Thierry Offredo du pôle Herbivores de la chambre d’agriculture de Bretagne. L'introduction de la luzerne dans un système d'élevage se traduit par une augmentation de la SFP. La luzerne a d’abord a priori besoin de sols sur lesquels sont conduits des cultures de vente. Il faut donc disposer de suffisamment de surfaces, en plus de la SFP et des céréales autoconsommées, si on ne veut pas devoir acheter des céréales.

Les exploitations susceptibles d’accueillir de la luzerne sont loin de se cantonner aux seules zones de plaines. La luzerne offre également des possibilités intéressantes en altitude dès l’instant que le pH a pu être corrigé et que les sols sont suffisamment filtrants. Dans ces zones où la culture des protéagineux est le plus souvent impossible, la luzerne est une possibilité à étudier avec attention pour satisfaire à la volonté d’être le plus autonome possible pour les  besoins en protéines du troupeau en dehors de la période de pâturage.

On verra au travers d’un essai réalisé dans le Cantal comment la luzerne permet en altitude et sur des sols au potentiel modeste de rendre les services attendus tout en étant analysée comme un sérieux atout grâce à sa faculté de pousser en période de canicule et de sécheresse. S’approvisionner en luzerne, de façon pérenne et plus ou moins formalisée, chez un voisin céréalier est une autre option intéressante à envisager. Un témoignage l’illustre dans ce dossier. Des opérations à plus grande échelle se développent dans différentes régions, dans la perspective d'un équilibre fourrager à l'échelle territoriale plutôt qu'à l'échelle de l'exploitation.

Des critères propres à l'exploitation, pas toujours mesurables

Côté travail, plusieurs conséquences sont à noter. L’introduction de luzerne, culture pluri-annuelle, permet de réduire un peu la surface à labourer et à semer chaque année. Mais les quatre récoltes par an représentent un travail important. Celui-ci est cependant partageable en travaillant en Cuma ou déléguable auprès d’une entreprise de travaux agricoles. Côté équipements d’élevage, la luzerne n’engage pas de besoin particulier, à part une dérouleuse dans certains cas si ce matériel n’est pas déjà utilisé. Elle ne nécessite pas de place en bâtiment de stockage quand elle est enrubannée. Il faut par contre gérer les plastiques des films d’enrubannage. Et côté PAC, la luzerne est soutenue grâce à la nouvelle aide de 100 à 150 euros par hectare, et son introduction dans l’assolement facilite l’accès aux MAEC en augmentant la SFP et réduisant le ratio maïs/SFP.

Côté marge, la surface en luzerne est très bien valorisée quand elle est utilisée pour l’engraissement avec des rations à base de blé. Son intérêt économique est par contre moins évident dans le cas d’une ration d’engraissement à base de maïs ensilage. Et pour les femelles d’élevage, le bilan économique dépend beaucoup du contexte pédoclimatique de l’exploitation. L’intérêt de la luzerne relève alors davantage d’une démarche de sécurisation du système par rapport aux variations de prix des sources de protéines, ou de la recherche d’une alimentation sans OGM, ou enrichie en oméga 3.

- © F. d'Alteroche

Pour en savoir plus

Voir dossier Réussir Bovins Viande de novembre 2015. RBV n°231, p. 22 à 31.

Au sommaire :

p. 24 - La luzerne passe le cap des 1000 mètres d'altitude - Avec un pH adapté et un sol drainant.

p. 28 - Luzerne et blé au menu des jeunes bovins - Meilleure marge que le soja.

p. 30 - "J'achète chaque année de la luzerne sur pied " explique Guillaume Lesage.

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