Machinisme 31 décembre 2013 à 08h00 | Par Michel Portier

Des solutions d’épandage préservant les sols et la sécurité

L’épandage sans tonne et les chantiers décomposés évitent le recours aux grosses tonnes à lisier qui tassent les sols et ne respectent pas la réglementation routière.

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- © G.Coisel

Les capacités atteintes par les grosses tonnes à lisier, utilisées notamment par les Cuma et les ETA, se heurtent aux limites d’un appareil qui doit réunir les fonctions de transport et d’épandage. Avec une charge à l’essieu atteignant parfois les 20 tonnes, ces véhicules polyvalents ne peuvent éviter un tassement profond des sols et sont difficilement compatibles avec un strict respect de la réglementation routière.

Pierre Havard, responsable de la station expérimentale des Cormiers (35), illustre ce paradoxe : « ces machines imposent des pneus de grande dimension très onéreux pour limiter les dégâts dans les champs, pneus dont la forte résistance au roulement va impacter la consommation et leur usure pendant les trois quarts du temps passé sur la route ». Concernant les règles du Code de la route qui s’appliquent à ces véhicules, leur charge à l’essieu est limitée à 13 tonnes.

Le PTAC d’un véhicule trois essieux est plafonné à 32 tonnes et le PTRA de l’ensemble tracteur-remorque à 40 tonnes. Sachant que le poids à vide d’une tonne à lisier de 24 000 litres à trois essieux, embarquant un équipement arrière et un bras de pompage, peut atteindre 18 tonnes, sa charge utile ne peut théoriquement pas dépasser 14 tonnes. Or, cuve pleine, son poids atteint les 42 tonnes. Et avec un tracteur de 10 tonnes à l’avant, le poids de l’ensemble culmine à 52 tonnes.

Les Cuma et ETA ont conscience de ces limites, mais les contraintes de débit de chantier et de main-d’œuvre laissent peu de place aux alternatives à la grosse tonne à lisier, notamment dans le Grand Ouest où le parcellaire est très morcelé. « Pour autant, ces professionnels doivent rester vigilants par rapport aux risques routiers et à l’amplification des problèmes de tassement. Même si cela reste difficile à évaluer, on commence à mettre en évidence des pertes de production au niveau des passages de tonnes, notamment en maïs lors des printemps secs. Et pour les épandages sur les cultures en place, certaines années, il est impossible de rentrer précocément dans les parcelles avec une grosse tonne à lisier », analyse Pierre Havard.

Face à ce constat, deux alternatives pourraient revenir sur le devant de la scène : l’épandage sans tonne et le chantier décomposé avec ravitailleur. Solution la plus respectueuse des sols, l’épandage sans tonne s’est essentiellement cantonné à des exploitations au parcellaire bien regroupé et à l’épandage de lisier de porc sur les cultures au printemps. Mais l’arrivée de pompes à plus gros débit et de tuyaux de plus gros diamètre comme le propose la société Listech, redonne de l’intérêt à la technique.

Découpler le transport de l’épandage

« Pour répondre au morcellement des parcelles dans des exploitations issues de regroupement, on pourrait imaginer stocker du lisier dans des anciennes fosses. L’échange de lisier apparaît aussi comme Dans ce cas, l’agriculteur épand son lisier dans les parcelles de ses voisins situées à proximité de sa ferme et inversement. »

Quant à l’épandage avec ravitailleur, s’il est très peu pratiqué en France, il est très courant dans les pays du Nord de l’Europe et se développe fortement en Allemagne pour gérer le digestat des unités de méthanisation. Dans ce cas, le lisier est acheminé sur le chantier par un ensemble routier. « On peut utiliser une ou plusieurs tonnes à lisier optimisées pour le transport ou encore un camion-citerne. Avec un convoi de 24 à 26 mètres cubes, il est possible de réduire la consommation au 100 km de plus de moitié. » Au champ, un caisson de ravitaillement sert de fosse tampon pour alimenter une tonne à lisier de capacité modeste (10 à 15 m3). Les constructeurs étrangers proposent ainsi des modèles équipés de pneus très larges montés sur un essieu coulissant à voie variable pour mieux répartir la charge.

LIRE LES 3 TEMOIGNAGES dans la revue de janvier, pages 76 à 79.

Eco-épandage limite la charge par essieu à 13 tonnes

Le référentiel de la certification Eco-épandage initié par les deux constructeurs Pichon et Rolland ainsi que l’Irstea, Vetagrosup et les chambres d’agriculture de Bretagne, vise le respect des sols en fixant la charge maxi par essieu à 13 tonnes pour réduire le tassement profond et la pression d’interface(1) à 1,5 bars pour le tassement superficiel. Ainsi, la plupart des modèles certifiés ne dépasseront pas les 18 m3.

(1) Charge supportée par le pneu divisée par la surface au sol.

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