Réussir bovins viande 17 février 2016 à 08h00 | Par Sophie Bourgeois

Des références sur la production laitière des vaches allaitantes

L’Inra Auvergne-Rhône-Alpes dispose de mesures récentes de la production laitière réalisées sur plus de 5000 vaches allaitantes. Une mise au point bien nécessaire pour réactualiser les références.

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La capacité de la vache à se remobiliser et la persistance laitière sont des qualités de premier intérêt en races allaitantes.
La capacité de la vache à se remobiliser et la persistance laitière sont des qualités de premier intérêt en races allaitantes. - © F. d'Alteroche

Un travail d'analyse(1) a été mené sur les données recueillies entre 1999 et 2013 par l'unité expérimentale Herbipôle du centre de recherche Inra Auvergne-Rhône-Alpes. Elles concernent la production laitière des races Charolaise, Limousine et Salers, en ne conservant que les lactations pour lesquelles au moins sept mesures sont disponibles. « Environ 12 000 mesures ont ainsi pu être exploitées », explique Bernard Sepchat de l’Inra. L'analyse a permis de préciser les références, c’est-à-dire de caractériser au fil des mois la production quotidienne, d'identifier la production maximale, la persistance de la lactation, et au final de quantifier la production laitière totale par vache. Les relations entre ces indicateurs laitiers et la croissance du veau ont été revues.

Ainsi, dans ces données, les productions laitières totales moyennes des trois races sont significativement différentes. Pour des durées moyennes de 271 jours de lactation, elles s’élèvent à 2247 ± 470 kg, 1628 ± 313, et 1840 ± 355 respectivement pour les Salers, Limousines et Charolaises, soit 8,3 ± 2,1, 5,9 ± 1,2 et 6,9 ± 1,3 kg/j. « Ces résultats reflètent le niveau des troupeaux des stations « Herbipôle », prévient Bernard Sepchat. Mais les effectifs mesurés sont conséquents et permettent de les généraliser. Le troupeau salers d’origine avait été trait et les souches laitières ont été conservées. Par contre, nous disposons d’origines moins variées pour la race Limousine, et notre troupeau charolais a fait l’objet d’un effort régulier de sélection sur les qualités laitières. Rappelons surtout que la variabilité d’une vache à l’autre dans ces troupeaux est importante, ce qui permet un réel effort  de sélection. »

Bernard Sepchat, de l'Inra : " Il serait très intéressant de mieux cerner la génétique de l'aptitude laitière des vaches allaitantes par des mesures directes de la performance."
Bernard Sepchat, de l'Inra : " Il serait très intéressant de mieux cerner la génétique de l'aptitude laitière des vaches allaitantes par des mesures directes de la performance." - © Inra

Une meilleure production laitière amène un meilleur gain de poids des veaux

Les résultats confirment également que les primipares produisent moins que les multipares : Salers, Limousines et Charolaises primipares produisent respectivement  280 kg, 179 kg et 200 kg de moins que les multipares, soit toujours entre 11 et 12% de moins.

Les Limousines et les Charolaises atteignent toutes deux majoritairement leur production maximale, ou « pic » de lactation, entre les semaines 5 et 8 après le vêlage, et la venue de ce pic est différente en race Salers car plus étalée au fil de la lactation. Mais souvent, la production présente aussi un rebond après la mise à l’herbe qui arrive en moyenne après vingt jours de pâturage. Variable selon le niveau de production en lait, il est de +1,2 kg pour les Salers, +0,9 kg pour les Charolaises et ne se manifeste quasiment pas pour les Limousines. Il est également supérieur pour les multipares par rapport aux primipares (+0,7 kg pour les Salers). « Si le potentiel laitier le permet, il s’exprime d’autant mieux que la qualité de l’herbe pâturée est optimale (≏ 1 UFV/kgMS ingérée) », explique Bernard Sepchat.

Cette étude fait aussi le lien entre niveau de production et persistance de la lactation (aptitude à maintenir un même niveau de production laitière jusqu’au tarissement). Les vaches à fort potentiel ont du mal à conserver leur niveau de production tout au long de leur lactation. Ainsi paradoxalement, plus les vaches ont un bon potentiel, moins la persistance est bonne ! Les primipares ont aussi une persistance intéressante, sans doute grâce au bon renouvellement de leurs cellules sécrétrices.

Enfin, la relation entre croissance du veau et production laitière a été quantifiée. Sur toute la lactation, le gain quotidien marginal est de 60 grammes par litre de lait bu en plus. On aboutit à 70 kg de gain de poids vif supplémentaire pour une lactation de 2300 kg par rapport à une lactation de 1200 kg. Mais cet effet marginal n'est pas constant, et se réduit progressivement au-delà des 1600 kilos de lait bus. Le lien entre croissance et quantité de lait bue est d’autre part plus difficile à interpréter après l’âge de 3 mois du fait que le veau consomme d’autres aliments (fourrages, concentrés). Mais un autre essai de l’Inra avait déjà montré l'intérêt persistant en engraissement d'une croissance du veau réalisée "au lait", car au sevrage et à même poids, un veau "poussé au lait" aura développé davantage de gabarit et déposé moins de dépôts adipeux. Le lait conduit au final à accroître davantage la masse musculaire.

- © Infographie Réussir

Rechercher la persistance de la production laitière

Sur la qualité du lait des vaches allaitantes, les données sont quasi-inexistantes et toujours peu fiables. Lorsqu’on trait une vache allaitante, ce que l’on recueille est très différent de ce que le veau extrait, du fait du mécanisme physiologique d’éjection du lait par la vache en présence de son petit, et de la force de succion du veau. « Les quelque données dont on dispose sur des Salers montrent de très grandes variations et il est difficile d'en tirer des conclusions pratiques », rapporte d’ailleurs Bernard Sepchat. « Par contre, on peut définir ce que serait la courbe idéale de lactation d’une vache allaitante. Elle serait caractérisée par une production qui progresse assez lentement pour accompagner le développement de la capacité d’ingestion du veau, et qui ensuite persiste le plus possible jusqu'au huitième ou neuvième mois. » En effet, au début de la lactation, la capacité d’ingestion du veau est limitante : le fait que le petit veau ingère peu conduit à l'adaptation de la production de la vache par rapport à son potentiel. Au bout d'un mois environ, plus la mamelle est sollicitée et vidangée, plus elle va sécréter de lait jusqu'à son maximum qui peut correspondre au rebond de mise à l'herbe. Puis, en fin de lactation, sa bonne persistance permettra au veau de boire davantage car il a la capacité d'ingérer de très grosses quantités de lait. La capacité de la vache à se remobiliser et la persistance laitière sont donc des qualités de premier intérêt en races allaitantes.

Au niveau génétique, les qualités laitières sont évaluées pour l’instant au travers des performances de croissance du veau. L’index Aptitude maternelle à l’allaitement (ALait) traduit l’aptitude d’une vache à bien élever son veau de la naissance au sevrage grâce à un bon potentiel laitier et à un bon comportement maternel. Mais il serait très intéressant de mieux cerner la génétique de l'aptitude laitière des vaches allaitantes par des mesures directes de la performance. Grâce à l’automatisme de pesées et à l’identification électronique des animaux, l’Inra met en place pour cela, à l’UE Herbipôle, un dispositif prototype qui pourrait se développer dans les élevages expérimentaux et devenir une méthode de référence. Ce projet vise à disposer d’une information plus précise et plus étoffée de mesure du lait bu par le veau (qui s’assimile au lait produit) par une méthode innovante « d’autopesée ». Le prototype a été mis en place en 2014 sur des vaches salers au deuxième mois de lactation. L’interprétation des pesées multiples automatiques de veaux et l’estimation du lait bu par la méthode actuelle sont très corrélées (r²=0,92). Il faut désormais valider cette méthode et disposer de plus d’observations dans des conditions variées. « Nous espérons pouvoir mettre en place ce dispositif dans le plus grand nombre possible de fermes expérimentales, afin de recueillir un maximum de données  avec des animaux de types génétiques différents », explique Bernard Sepchat. « Les généticiens seront alors peut-être en mesure d’explorer à partir de ces données le déterminisme génétique de la production laitière. Des QTL pourraient être mis en évidence à moyen terme. »

(1) 3R 2015, Inra Clermont/Theix. B. Sepchat, P. D'Hour, J. Agabriel, centre de recherches Inra Auverge-Rhône-Alpes. Caractérisation de la production laitière des vaches allaitantes.

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