Réussir bovins viande 20 novembre 2015 à 08h00 | Par Cyrielle Delisle

Des points à étudier en logettes

En écho aux réflexions sur l’économie de paille, les logettes sont un mode de logement intéressant. Le Sommet de l’élevage a été l’occasion d’exposer les conditions de réussite et les incidences sur le comportement, le travail et les coûts.

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Michel Joly, éleveur bovins viande en Saône-et-Loire : « Le bâtiment, lieu de vie de l’animal, représente la clé de voûte de l’élevage. De plus, il influence fortement les conditions de travail de l’éleveur pour les 20 à 25 années à venir. Il doit donc être raisonné à tête reposée. »
Michel Joly, éleveur bovins viande en Saône-et-Loire : « Le bâtiment, lieu de vie de l’animal, représente la clé de voûte de l’élevage. De plus, il influence fortement les conditions de travail de l’éleveur pour les 20 à 25 années à venir. Il doit donc être raisonné à tête reposée. » - © C. Delisle

« Très courantes en troupeaux laitiers, les logettes restent assez rares en système allaitants même si elles sont utilisées sur certaines exploitations depuis près de 40 ans. Néanmoins, de nouveaux projets voient régulièrement le jour dans certaines zones du Massif central, dans une optique d’économie de paille, d’optimisation du travail et d’obtention d’un meilleur compromis entre charges d’investissement et charges de fonctionnement. Ce type de bâtiment interpelle surtout les éleveurs viande vis-à-vis de la gestion des déjections, car plus habitués au fumier qu’au lisier », constate Stéphane Mille du service environnement-bâtiment de l’Institut de l’élevage.

Les éleveurs de ruminants sont amenés à faire des choix et des compromis lors de la conception puis de l’utilisation de leurs bâtiments, afin d’assurer la durabilité de leur système d’exploitation, tant au niveau économique que social ou environnemental. « Ainsi, avant de choisir son mode de logement, il faut veiller à ce qu’il soit adapté à sa conduite d’élevage. Les logettes paillées (fumier et purin) et non paillées (lisier) sont bien appropriées lorsque les périodes de vêlages sont précoces ou tardives (septembre/octobre ou février/mars). Elles le sont moins pour des vêlages en décembre/janvier, contrairement aux aires paillées. Le régime alimentaire qui aura une incidence sur la gestion des déjections constitue le second angle d’approche quant à la conduite », poursuit Stéphane Mille. Les rations à base de foin ou mixtes sont plutôt conformes à un logement en logettes paillées. Par contre, l’ensilage ou l’enrubannage le sont moins. À l’inverse, il faut faire attention à l’utilisation de foin dans le cas de logettes non paillées (lisier), car il peut s’introduire dans les caillebotis. Une alimentation à base d’ensilage/enrubannage ou mixte ne présente pas de contre indication.

Peu de concurrence avec les gros chantiers

L’un des atouts des logettes réside dans la consommation de paille pour la litière qui s’élève à environ 1,2 kilo de paille par jour et par veau pour les cases à veaux et d’isolement, entre 0 et 1 kilo de paille par vache avec des tapis souples, entre 3 et 4 kilos par vache avec du fumier. L’autre intérêt est en lien avec le temps d’astreinte et la concurrence avec les gros chantiers. L’organisation est d’autant plus souple que le stockage du lisier est indépendant du bâtiment. « L’idée n’est pas de dire qu’il existe un mode de logement meilleur que l’autre, mais qu’il en existe des plus adaptés que d’autres selon les critères qui intéressent l’éleveur », observe le chef de projet.

Vient ensuite la conception et le dimensionnement des logettes, à adapter aussi bien au gabarit et au comportement des bovins qu’à la fonctionnalité et au travail. Les tubulaires guident l’animal pour se positionner correctement, en lui donnant des repères pour se coucher, se déplacer, sans le blesser ni le contraindre dans son comportement. Connaître le gabarit de ses bêtes donne des informations capitales pour déterminer la profondeur de stalle, la largeur de place, le réglage de position des tubulaires (position de la barre de cou, arrêtoir au sol ou limitateur d’avancement, hauteur sous la barre de cou). Deux mesures sont ainsi à prendre en compte : la longueur diagonale qui va de la pointe de l’épaule à l’ischion et la hauteur au garrot (voir tableau). « Malheureusement, il n’existe pas de corrélations entre ces deux mesures et les poids des animaux. Un tableau donnant des indications sur ces critères existe en vaches laitières, il est en cours d’adaptation en vaches allaitantes. En allaitant, il faut partir sur une largeur aux alentours de 125 centimètres. »

Stéphane Mille, de l'Institut de l'élevage : "Loger des vaches et des veaux dans un même espace et travailler efficacement n'est pas spécifique aux logettes mais conditionne l'organisation du bâtiment. "
Stéphane Mille, de l'Institut de l'élevage : "Loger des vaches et des veaux dans un même espace et travailler efficacement n'est pas spécifique aux logettes mais conditionne l'organisation du bâtiment. " - © C. Delisle

Des spécificités liées aux vaches allaitantes

Pour garder des animaux au comportement calme, la délimitation des zones mères et veaux est importante. Les logettes sont à réserver aux vaches ! Le passage des veaux au travers des logettes est à limiter. Dans la conception, l’accessibilité des cases à veaux et d’intervention doit être réfléchie à la fois pour les animaux et pour l’éleveur (entretien). « L’utilisation d’un valet de ferme est vite rentabilisée avec un bâtiment à logettes. D’autre part, même si les vaches allaitantes semblent moins fragiles que les laitières, les sols de logettes en béton brut sont à éviter. Les logettes interrogent parfois quant à la détection des chaleurs et la monte naturelle. Cette dernière est possible moyennant de la surveillance et quelques précautions, notamment sur le choix du taureau (masse corporelle, aplombs). Attention également aux sols glissants. Au besoin, un box de monte peut être prévu. Contrairement à des animaux en aire paillée, les vaches en chaleur perturbent peu la vie du lot car les logettes représentent un refuge. Les « cul de sac » sur les aires d’exercice sont à proscrire car ils limitent l’expression des animaux. La question des cornes n’est pas spécifique aux logettes. Les deux alternatives avec ou sans sont possibles, on ne constate pas plus de traces de blessures avec des cornes. »

Trois options à disposition des éleveurs pour loger les veaux

Trois options principales se présentent à l’éleveur pour l’implantation des cases à veaux et d’isolement : en long pan, ce qui nécessite un couloir arrière dont la largeur est à moduler selon l’usage, entre les lots ou rangs de logettes. L’emplacement des cases à veaux orientera le choix du raclage ou des caillebotis. « Raclage tracteur, raclage automatisé et caillebotis représentent trois possibilités si on respecte les règles de fonctionnement. Si on trouve plusieurs lots sur la longueur du bâtiment, le raclage tracteur est peu pratique du fait des barrières à manipuler. Avec un racleur automatique, les jeunes veaux sont à surveiller. L’entretien des seuils de logettes (évacuation des bouses) reste une tâche simple mais nécessaire Un nettoyage fréquent, de quotidien à hebdomadaire, est fortement recommandé. Souvent manuel, il est possible de le mécaniser. »

En termes de coûts, les charges annuelles — investissement et fonctionnement — des différents types de bâtiments sont assez proches. Elles avoisinent les 400 € par an. Même si les logettes disposent d’un coût d’investissement lourd, les charges annuelles de fonctionnement sont faibles (65 € par vache).

- © Infographie Réussir

Des bâtiments modulables

" Aujourd'hui, tout bâtiment devrait pouvoir évoluer ", affirme Stéphane Mille. Les bâtiments à modifier devront donc disposer d'accès bien positionnés en pignons (portes à l'arrière de la salle d'alimentation, éviter les pignons porteurs...) et de dégagements autour du bâtiment pour les ouvrages de stockage des déjections et éviter les poteaux dans les aires de vie.

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