Réussir bovins viande 08 juin 2017 à 08h00 | Par Cyrielle Delisle

Des aiguilles pour soigner les bovins

À l’heure du plan écoantibio, l’acupuncture, dont les points de base peuvent être acquis rapidement par l’éleveur, représente une approche complémentaire du diagnostic et du traitement.

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L’acupuncture peut tout aussi bien être utilisée sur les animaux en préventif ou en situations d’urgence, en attendant l’arrivée du praticien.
L’acupuncture peut tout aussi bien être utilisée sur les animaux en préventif ou en situations d’urgence, en attendant l’arrivée du praticien. - © C. Delisle

« Après l’obtention en 2003 de mon diplôme de vétérinaire, j’ai commencé à exercer en rural. Face aux problèmes de diarrhées des ;veaux, j’ai choisi d’ajouter une autre corde à mon arc, en étudiant les médecines naturelles pour optimiser leurs chances de survie. J’ai commencé une formation en ostéopathie à l’Avetao (Académie vétérinaire d’acupuncture et d’ostéopathie) en 2005. C’est à ce moment-là que j’ai découvert l’acupuncture », explique Nayla Cherino Parra, vétérinaire libérale orientée en médecines naturelles (ostéopathie, acupuncture, homéopathie). Depuis 2013, la praticienne effectue des formations d’initiation à l’acupuncture à destination des éleveurs. « Il ne s’agit pas de devenir acupuncteur en deux jours mais de permettre à l’éleveur de se remettre au centre de son élevage et d’acquérir une vingtaine de points sur lesquels il peut intervenir avec des aiguilles ou par simple pression des doigts. » Avant de donner les grands principes de l’acupuncture, la vétérinaire rappelle de nombreuses évidences qu’elle illustre d’exemples concrets. A savoir, qu’il est déjà essentiel de pourvoir aux quatre besoins vitaux (respirer, boire, manger, dormir) d’une vache si on veut la soigner. Il est indispensable par exemple de répondre à son besoin en eau. « Cependant, si on installe une pompe à chlore, il faut penser nécessairement au filtre à charbon pour éviter l’ingestion de chlore susceptible de détruire les bactéries du rumen. Il est important d’avoir une vision globale de son élevage. »

Stimuler des points précis sur les animaux

L’acupuncture est une des branches de la médecine traditionnelle chinoise, vieille de 3 000 ans. « Elle consiste à insérer des aiguilles à la surface de la peau pour stimuler des points précis sur les méridiens (lignes reliant les organes entre eux) afin de réguler l’énergie ainsi que les fonctions physiologiques, organiques et psychiques. Les bovins possèdent une douzaine de méridiens, chacun relié à une catégorie d’organes. Les interrelations entre les différents organes font qu’il n’y a pas lieu de poser cinquante aiguilles mais de bien choisir leur emplacement. La stimulation par les aiguilles des points situés sur ces lignes facilite la disparition des symptômes. »

Nayla Cherino Parra, vétérinaire. « L’acupuncture permet une approche complémentaire du diagnostic et du traitement qui peut être mise en place rapidement par l’apprentissage des points de base. »
Nayla Cherino Parra, vétérinaire. « L’acupuncture permet une approche complémentaire du diagnostic et du traitement qui peut être mise en place rapidement par l’apprentissage des points de base. » - © C. Delisle

Les points enseignés en formation permettent d’intervenir aussi bien en préventif qu’en curatif. Sur le flanc se trouve le triangle de l’immunité (trois points). Il est à utiliser en préventif. « Les organes en charge de l’immunité sont la rate, le rein et le foie. En agissant sur ces trois organes, on augmente la capacité de l’organisme à se défendre de façon générale. Ces points sont à utiliser en routine, sur l’élevage à des périodes à risques (vêlage, changement de saison) », note Nayla Cherino Parra. Des points existent pour favoriser le vêlage (ouverture du col ou augmentation de la mobilité du bassin), réguler une hémorragie en attendant l’arrivée d’un vétérinaire pour la suturer, favoriser une délivrance ou traiter dans le cas de métrite, réguler une diarrhée, réanimer un veau, faciliter la digestion et la reprise d’appétit dans le cas de météorisation. Il y a également des points spécifiques à connaître en cas de symptômes pulmonaires ou de déviation des membres des veaux.

« Tant qu’une aiguille travaille, on ne peut la retirer. Elle remonte toute seule dans un délai variant de quelques minutes à une vingtaine de minutes. J’aime rappeler qu’en Chine ancestrale, le médecin était uniquement rémunéré tant que le patient était en bonne santé. Dès que ce dernier manifestait des symptômes ou était en convalescence, le médecin n’était plus payé. »

Se positionner sereinement avant de piquer

« Avant de poser des aiguilles, il est important de se sentir en sécurité, d’être serein et d’apprendre à réguler ses émotions. Les animaux ressentent nos émotions et réagissent en conséquence. En effet, si l’éleveur est en colère dans la salle de traite, les vaches bousent davantage, elles sont plus nerveuses, donnent plus de coups de pied, produisent potentiellement moins de lait... C’est pareil lorsque l’on charge des animaux. A l’approche d’une bête, si elle manifeste de la tension (tête relevée, arrêt de la rumination…), il est important de s’arrêter dès les premières manifestations de tensions chez l’animal et de lui laisser le temps de s’apaiser (compter jusqu’à 180 au maximum) avant de continuer à progresser. »


L’action sur les points d’acupuncture peut s’effectuer soit avec des aiguilles d’acupuncture, soit avec les doigts (digipuncture).
L’action sur les points d’acupuncture peut s’effectuer soit avec des aiguilles d’acupuncture, soit avec les doigts (digipuncture). - © C. Delisle

En savoir plus

De nombreux organismes (chambres d’agriculture, GAB, Civam, Adria…) organisent des formations d’initiation à l’acupuncture. Ces journées sont prises en charge à 100 % par Vivea.

http://les9fontaines.eu

« Depuis la formation, j’ai toujours des aiguilles dans ma poche. Je les utilise aussi bien pour les veaux que pour les vaches », note Julien Laude, éleveur dans la Sarthe
« Depuis la formation, j’ai toujours des aiguilles dans ma poche. Je les utilise aussi bien pour les veaux que pour les vaches », note Julien Laude, éleveur dans la Sarthe - © C. Delisle

« J'ai réduit l’utilisation des antibiotiques »

Témoignage de Julien Laude, éleveur à Volnay dans la Sarthe (1).

« Il y a trois ans, j’ai suivi une formation en ostéopathie viscérale et, en parallèle, j’ai intégré un groupe d’échanges avec des éleveurs formés en phytothérapie et aromathérapie, dans l’optique de réduire l’utilisation des antibiotiques sur l’élevage. L’animatrice du GDA m’a alors proposé une formation acupuncture pour janvier de cette année. J’ai tout de suite adhéré au principe, suite logique de ce que j’avais vu en ostéopathie. On apprend à regarder l’animal sous un autre angle », explique Julien Laude, éleveur à Volnay dans la Sarthe et responsable du troupeau allaitant. Après la première journée de formation, l’éleveur a mis en application les points appris. « Dorénavant, j’ai toujours des aiguilles d’acupuncture dans la poche de ma cote en cas de besoin. »

L’éleveur a piqué des vaches pour des problèmes de métrites et de délivrances, des veaux pour des problèmes de toux et de diarrhées. « J’ai traité en digipuncture puis en acupuncture un veau aux pattes courbes. Pour les veaux, j’interviens directement dans les cases. Pour les vaches, je pose les aiguilles lorsqu’elles sont bloquées au cornadis. Je libère la vache qui est à côté. Il me faut deux minutes d’approche au maximum et, si la vache ne bouge pas, les aiguilles sont posées en 40 secondes. Je les laisse ensuite tomber toutes seules », explique l’exploitant.

Changement dans l’approche des animaux

Julien Laude a également utilisé l’acupuncture lors des derniers vêlages de la saison. « J’appréhendais un peu la pose des aiguilles et la réaction des animaux. Mais, comme je pratiquais déjà l’ostéopathie, les animaux avaient l’habitude d’être manipulés. J’ai des animaux plus calmes. Certains points ont été difficiles à trouver au début. Cette année, je n’ai traité aux antibiotiques qu’un veau contre la toux, contre quatre à cinq traitements par an précédemment. Toutefois, il est important d’être serein. Si on est stressé ou pressé, il ne sert à rien d’essayer de piquer un animal », observe l’éleveur.

L’année prochaine, l’éleveur pense travailler sur les points du triangle de l’immunité sur toutes les futures mères, trois semaines avant vêlages, pour augmenter la qualité du colostrum.

(1) exploitation de 5 associés et un salarié, 50 vêlages en Charolais, naisseur-engraisseur, 600 000 litres en Normandes, 250 truies, naisseur-engraisseur, 354 hectares (blé, maïs, orge, pâture).

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