Réussir bovins viande 04 mai 2015 à 08h00 | Par François d’Alteroche

Démarche Herbopack : des croisés Hereford pour Charal

L’objectif de la démarche « Herbopack » proposée par Charal et mise en pratique par EMC2 Élevage est de croiser des laitières avec de la Hereford afin de produire des carcasses légères avec des animaux essentiellement conduits à l’herbe.

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A la demande de Charal, EMC2 élevage développe une production de bœufs et génisses croisé Hereford après que ce schéma ait été au préalable favorablement testé dans l’ouest de la France.
A la demande de Charal, EMC2 élevage développe une production de bœufs et génisses croisé Hereford après que ce schéma ait été au préalable favorablement testé dans l’ouest de la France. - © DR

Nom: Herbopack. Mission : devenir un substitut possible aux carcasses essentiellement issues de bovins laitiers ou mixtes actuellement utilisées pour les hebdopacks Charal. Définition : bouvillon ou génisse croisés Hereford d’environ 25 mois et 300 kilos de carcasse, nourris le plus longtemps possible d’herbe pâturée.

Avec un jeu de mots délibéré entre hebdopack et herbopack, Charal entend dans les années à venir développer son approvisionnement avec ce type d’animaux et travaille pour cela depuis cet été avec EMC2 élevage, organisation de producteurs commerciale dont la zone d’activité s’étend sur un grand quart Nord-Est de la France.

Au préalable, Charal a testé différents croisements ces dix dernières années dans l’Ouest de la France afin de trouver un type d’animaux adapté pour garnir ses hebdopacks. Le croisement Hereford a été jugé particulièrement  intéressant. L’objectif de ce croisement avec des laitières est de produire des génisses et des bœufs jeunes et légers (un peu moins de 600 kilos vifs). Au cours de la phase test, le poids moyen des animaux a été de 295 kilos carcasse à 21 mois soit des GMQ moyen de 910 grammes entre la naissance et l’abattage avec des carcasses principalement classées O3 et une alimentation essentiellement basée sur la pâture. « Il faut viser 300 kilos (260 à 350 kilos) pour des animaux abattus à un âge objectif de 25 mois sans aller au-delà de 30. Le Hereford est un animal très standardisé côté format. Sur laitières, c’est un croisement « photocopieuse ». Il donne des animaux qui ont à peu près toujours les mêmes caractéristiques. On ne travaillera qu’avec des F1. C’est important pour l’homogénéité du produit », résume Raphaël Bonnault, directeur de EMC2 élevage.

Le croisement Hereford sur Holstein donne des animaux à la tête et aux pattes blanches tandis que l’essentiel du reste de la robe est noire.
Le croisement Hereford sur Holstein donne des animaux à la tête et aux pattes blanches tandis que l’essentiel du reste de la robe est noire. - © FLPA/John Eveson

La précocité et l’homogénéité de la Hereford

Le fait d’utiliser la Hereford ne correspond évidemment pas à la volonté d’avoir des animaux lourds et tardifs comme cela aurait pu l’être avec un croisement Blanc Bleu ou Charolais. Il ne s’agit d’ailleurs pas de produire des taurillons ou des babynettes finis en bâtiment. Les mâles devront être castrés à l’élastique peu après leur naissance. Avec le croisement Hereford, l’objectif est d’amener de la précocité pour avoir des animaux nourris d’abord d’herbe pâturée qui puissent être abattus autour de 2 ans, en donnant des carcasses légères afin de ne pas avoir de muscles de dimension trop importante, tout en ayant une viande rouge et suffisamment persillée.

La Hereford n’est pas championne côté croissance et rendement. C’est en revanche une bonne valorisatrice d’herbe avec des animaux qui en race pure tendent vite à devenir suiffards s’ils sont copieusement nourris. Un inconvénient qui devient un atout dans la mesure où ils peuvent être finis uniquement avec de bons fourrages ou de l’herbe si les pâtures sont de qualité. « Les croisés Hereford sont peu exigeants. Bœufs et génisses s’élèvent facilement ensemble en prairie. À l‘œil, ils semblent toujours en état », ajoute Jean-Luc Duret, responsable région Est à EMC2 Élevage. Et de rappeler qu’il est évidemment conseillé d’utiliser un taureau homozygote sans cornes pour s’épargner l’écornage.

Le cycle de production est court pour des animaux d’herbe : 24 mois en moyenne pour les génisses et bœufs Herbopack contre 34 pour des bœufs holsteins. « C'est une vraie innovation, mais c’est aussi une production souple, adaptée aux éleveurs qui recherchent des solutions simples pour valoriser des pâtures éloignées », ajoute Raphaël Bonnault en précisant que cette démarche est en phase avec les pratiques de bien des producteurs laitiers de l’Est de la France qui ont l’habitude de produire des bœufs et qui ont encore des surfaces en herbe disponibles, même si la tendance de ces dernières années a surtout été de convertir ces prairies en cultures. « Charal cherchait un partenaire. Nous sommes à l’affût de toutes les possibilités pour mieux valoriser la viande issue du troupeau laitier. Nous avons commencé à en parler mi-août. Fin janvier pratiquement 700 vaches ont été inséminées en Hereford. »

La progression de l’utilisation de semence sexée femelle et la mauvaise valorisation des veaux naissants holsteins sont analysées comme une incitation supplémentaire pour produire ce type d’animaux. Actuellement, les éleveurs laitiers de cette zone font inséminer en moyenne autour de 10 % de leurs cheptels avec des semences sexées et cette pratique est amenée à se développer. Corollaire logique, cela devrait permettre de faire un peu plus de croisement sur des vaches peu fertiles ou sans intérêt pour faire naître de futures génisses de renouvellement.

Avec « Herbopack » l’objectif d’EMC2 élevage est d’arriver à 2 000 têtes par an, davantage si possible. Même si les instigateurs de cette démarche sont conscients que le fait de travailler en croisement avec une race anglo-saxonne puisse irriter certains éleveurs français, attachés aux races françaises, il n’est pas pour autant exclu d’élargir ce débouché à des bouvillons et génisses croisés nés dans des élevages allaitants. La plus-value envisagée serait alors de 68 centimes pour des animaux de poids et d’âge voisins des croisés laitiers, mais forcément plus conformés. « Ce pourrait être une seconde étape. Pour l’instant notre objectif est de développer la production chez les éleveurs laitiers. »

Prix des animaux et rentabilité

Pour ce qui est du prix de ces animaux, EMC2 élevage a établi une grille. Elle sera basée sur les cotations France Agrimer auxquelles s’ajoutera une plus-value de 30 centimes pour un animal issu d’un croisement avec une race laitière et 40 centimes si la mère est de race mixte.

Cette production s’adresse plus particulièrement à des éleveurs laitiers qui produisaient déjà des bœufs d’herbe ou qui disposent de surfaces en herbe. Des simulations ont été réalisées par cette OP pour analyser l’impact que pouvait avoir le remplacement d’une production de bœufs holsteins vendus à 34 mois par des animaux produits dans le cadre de la démarche « Herbopack ». Les animaux seraient vendus moins lourds mais plus chers au kilo et resteraient surtout moins longtemps sur l’exploitation, nécessitant ainsi moins de surfaces en herbe et moins de mètres carrés sous les stabulations.

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