Réussir bovins viande 16 mai 2017 à 08h00 | Par Cyrielle Delisle et Emeline Bignon

De la betterave ensilée pour les bovins

Une nouvelle méthode de conservation de la betterave, sous forme ensilée est proposée par la société Ecopsi. Conservation plus longue et densité énergétique sont les principaux atouts.

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Le Betador ressemble visuellement à la betterave surpressée, mais ses valeurs alimentaires sont très différentes. Il doit être stocké au sec pour une conservation sur le long terme.
Le Betador ressemble visuellement à la betterave surpressée, mais ses valeurs alimentaires sont très différentes. Il doit être stocké au sec pour une conservation sur le long terme. - © J.-B. Vanham - lycée agricole de Rethel

Si d’ordinaire les betteraves sont conservées fraîches en tas, la société Ecopsi (étude et commercialisation des produits secondaires industriels) basée à Arras dans le Pas-de-Calais, propose un nouveau process de fabrication pour les conserver ensilées et augmenter ainsi leur durée d’utilisation : le Bétador. « À la récolte les betteraves sont lavées, coupées et pressées mécaniquement. Pour un rendement 100 tonnes brutes à l’hectare, soit 24 t MS/ha, on récupère 13 t MS de jus de betteraves et 11 de Bétador. Ensuite, 48 heures suffisent grâce à la fermentation des sucres, pour obtenir un fourrage stable et homogène, distribuable immédiatement et capable de se conserver en silo sous une bâche étanche après acidification et refroidissement. », explique Jean-Benoît Tierny créateur et président de la société Ecopsi, avant de poursuivre : « D’habitude, dans l’industrie sucrière, la priorité est de valoriser le jus de betteraves pour maximiser le rendement en sucre, et les pulpes surpressées récupérées pour l’alimentation animale ne sont que le co-produit de ce process. Avec le Bétador, on inverse cette logique. Le jus devient le co-produit et l’aliment pour bovins le produit principal. » Le Bétador se rapproche des pulpes de betteraves surpressées mais présente une valeur énergétique plus élevée (1,4 contre 1 UFL/kg MS) grâce à une teneur en sucres plus élevée (+ 20 %) au moment de sa mise en silo. Pour des éleveurs, mieux vaut d’ailleurs recourir à des variétés de betteraves fourragères plutôt que sucrières pour privilégier le rendement en Bétador et non en jus.

Une excellente stabilité au tas

Ce procédé breveté a été expérimenté durant quatre ans dans des élevages laitiers et allaitants. Selon l’inventeur, « ce fourrage à 1,4 UFV/kg de MS permet d’optimiser les rations grâce à un apport de cellulose très digestible et une meilleure gestion du correcteur azoté tout en maintenant le niveau de production et en ramenant une source d’énergie différente de l’habituel amidon. » Gros avantage du Bétador : son excellente conservation et stabilité au tas. « Contrairement à l’ensilage de maïs qui nécessite une hydrolyse de l’amidon par voie enzymatique, le Bétador fournit immédiatement du sucre qui fermente très rapidement. C’est pourquoi, le pH descend très vite pour se stabiliser à 3,5. »

Jean-Baptiste Vanham, du lycée agricole de Rethel dans les Ardennes, a testé ce produit sur le troupeau laitier. Il met en avant les pertes quasi nulles, le non écoulement de jus, la confection peu exigeante en main d’œuvre (une personne pour tasser), sa reprise facile au silo, et sa faible sensibilité au gel. « Le Bétador se présente comme une purée collante, très dense, qui se tient bien. Par rapport à un silo de pulpes surpressées qui peut faire trois mètres de haut, il est difficile de monter un tas à plus d'un mètre cinquante », témoigne-t-il. Livré par semis, le Bétador provenait du Pas-de-Calais.

- © Infographie Réussir

 

La rentabilité va dépendre de la valorisation du jus

La mise en place de ce procédé nécessite la création d’une petite unité semi-industrielle qui permettrait de travailler avec des betteraves ensilées ailleurs qu’en région sucrière si suffisamment d’élevages sont intéressés. « Un tel projet nécessiterait d’implanter 4 000 ha de betteraves en zone d’élevage, qui pourraient potentiellement se substituer à 5 000 ha de maïs », indique Jean-Benoît Tierny, avant d’ajouter, « aujourd’hui, je recherche des partenaires (coopératives, Cuma…) pour pouvoir proposer ce produit aux éleveurs. Le procédé nécessite en effet d’être accolé à une unité à caractère semi-industriel. Je table sur une hypothèse de 4 000 tonnes brutes de betterave fourragère récoltées par jour (soit l’équivalent de 40 ha) sur les 100 jours que compte une campagne de récolte betteravière. Cela correspondrait aux volumes traités par une petite sucrerie (400 000 t brutes). Ces volumes permettraient de produire grosso modo 400 t MS de Bétador par jour et autant de jus, à valoriser dans des méthanisateurs ou en nutrition animale (substrat pour les levures par exemple). »

« Le prix de revient du Bétador dépendra beaucoup de la valorisation qui sera faite du jus. » Une étude est en cours avec l’Association de développement de la betterave fourragère pour mesurer l’intérêt économique d’un tel projet.

(1) Ce travail a été réalisé pour la société Ecopsi en collaboration avec Gembloux Agro Bio Tech – université de Liège et le centre wallon de recherches agronomiques.

Pour les pulpes classiques, un décrochage de l’ingestion en fin de période a été observé.
Pour les pulpes classiques, un décrochage de l’ingestion en fin de période a été observé. - © J.-C. Gutner

Une valeur énergétique supérieure et une bonne conservation

« Nous avons mené un essai(1) d’engraissement en 2011 afin de déterminer la valeur alimentaire du Bétador dont le process d’extraction du jus sucré quelque peu différent (extraction moins importante du jus sucré) laisse à penser qu’il dispose d’une valeur énergétique supérieure aux pulpes de betteraves surpressées de manière traditionnelle », remarque Virginie Decruyenaere du centre Wallon de recherches agronomiques à Gembloux en Belgique. L’essai a été mené sur 24 taurillons Blanc Bleu Belge culards de moins d’un an et d’un poids de 390 kilos en début d’essai. Quatre lots homogènes ont été constitués. Deux lots ont reçu une ration avec du Bétador, les deux autres avec de la pulpe surpressée classique française. « Les rations isoprotéique et isoénergétique ont été élaborées de manière à être comparables. Le Bétador étant censé être supérieur en énergie, de la paille a été ajoutée. La ration bétador était donc composée de bétador à hauteur de 47 % de la matière sèche, 8 % de paille et 45 % d’un complément azoté à 21 % de protéines. La ration pulpes surpressées était composée de 55 % de la MS de pulpes et 45 % d’un complément alimentaire à 25 % de protéines. » Les rations ont été distribuées sous forme mélangée et à volonté.

Des performances zootechniques similaires

Des tests de conservation du silo ont été effectués tout au long de l’essai. Le silo Bétador s’est bien conservé avec une bonne acidification (pH < 4) et est demeuré stable. L’ingestion est restée constante. Pour les pulpes classiques, un décrochage de l’ingestion en fin de période a été observé, conséquence d’une dégradation de l’ensilage en fin de test commencé en février et conclu en novembre. « Côté performances (durée d’engraissement, poids d’abattage, GMQ, ingestion et indice de consommation), aucune différence significative n’a été notée entre les différents lots. Les indices de consommation ont été particulièrement bons. L’analyse chimique des ensilages a notamment montré une différence sur deux paramètres : le Bétador est moins concentré en cellulose et dispose d’une digestibilité plus forte de la cellulase d’où l’importance de l’apport de paille pour sécuriser les rations. L’analyse alimentaire sur les performances zootechniques révèle de son côté une valeur énergétique supérieure : 1,3 UFV/kg de MS pour le Bétador contre 1,16 pour les pulpes surpressées. Aucun impact majeur du régime alimentaire sur la qualité des carcasses et des viandes n’a été enregistré (note d’engraissement, rendement moyen d’abattage, température et pH de la carcasse, pourcentage de gras…). Seule une différence en termes de couleur de la viande, un peu plus claire avec les rations Bétador est à noter. »

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