Réussir bovins viande 24 avril 2012 à 10h47 | Par F. Alteroche

Dans l'Allier - Premier hiver concluant pour la litière en plaquettes de bois

Transformer des branchages en plaquettes de bois pour les substituer à de la paille : l’exploitation d’un lycée agricole de l’Allier a franchi le pas et s’apprête à renouveler l’opération.

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- © F. Alteroche

Alors, ces plaquettes de bois pour remplacer la paille, quel bilan ? Sur la ferme expérimentale du lycée agricole de Durdat-Larequille, à côté de Montluçon, dans l’Allier, des lots de génisses de 1 et 2 ans ont expérimenté cette litière cet hiver.

Elles n’ont manifestement pas été affectées par l’essai. Quelques semaines avant leur mise à l’herbe, le poil est propre et frais et les génisses sont en forme. « Sur le plan technique, nous n’avons pas observé de problème particulier. Aucune boiterie, ni problème sanitaire », explique Benoît Pousset, responsable de l’exploitation.

De prime abord la couleur très sombre de la litière peut rebuter. Les animaux ne sont pas crottés pour autant car la litière est restée suffisamment portante. Les jus ont été bien drainés. Ainsi les animaux enfonçaient peu leurs pattes à l’arrière du quai d’alimentation. Autre constat, il n’y a pas eu d’échauffement. « La température superficielle de la litière a oscillé entre 12 et 17 °C en première partie de l’hiver, période où la météo a été douce et très humide », précise Je a n - Fra n ç o i s Canaud l’un des professeur de ce lycée qui a suivi ce travail. Aucune analyse bactériologique n’a été réalisée dans la mesure où aucun problème sanitaire ne s’est manifesté. Il est vrai que les génisses de renouvellement ne sont pas une catégorie délicate d’animaux.

ENTRETIEN DU BOCAGE

« Nous avions envisagé cette utilisation du bois en plaquettes l’an dernier avant que la sècheresse ne fasse flamber le prix de la paille. Sur le parcellaire de l’exploitation, nous avons beaucoup de haies et d’arbres de bord de ruisseau. La paille à plus de 100 euros la tonne nous a conforté dans notre décision », précise Jean-François Canaud. L’entretien du bocage est indispensable. Plutôt que de brûler l’essentiel des branchages au moment de la taille des haies et de l’émondage des branches basses des arbres bocagers, l’idée était de transformer ces rémanents en plaquettes pour la litière, permettant une économie de paille. Cela va dans le sens d’une plus grande autonomie de l’exploitation en valorisant les ressources disponibles. Les plaquettes ont été utilisées dans deux stabulations hébergeant des génisses de 1 et 2 ans.

DEUX PROTOCOLES

« Dans l’une, nous avons d’abord épandu au godet 40 m3 de plaquettes dans une case, soit une épaisseur moyenne de 22 cm, avant d’y installer 28 génisses de 2 ans (poids moyen 600 kg) hivernées dans une seule case à raison de 6,5 m2 par tête avec une ration basée sur le foin et l’enrubannage. » Il s’agit d’un bâtiment éloigné. Son paillage, deux à trois fois par semaine, ne facilitait pas le travail.

Après l’entrée des animaux, aucun apport complémentaire n’a été réalisé pendant trois semaines. « Puis on a rajouté au godet une épaisseur de 6 à 7 cm de plaquettes tous les dix jours, soit 12 m3 à chaque fois. » Ce travail ne posait pas difficultés pratiques et présentait l’avantage de ne pas faire de poussière. Précisons que la première partie de l’hiver a été défavorable à la tenue de la litière avec une météo douce et humide se traduisant par un besoin en plaquettes élevé pour maintenir les animaux dans un état de propreté satisfaisant. Les animaux marchaient beaucoup compte tenu de l’emplacement du râtelier. Il y avait aussi sur ce lot au moins une génisse en chaleur chaque jour en début d’hiver.

Dans un autre bâtiment, ce paillage plaquette a concerné trois lots : deux cases de génisses de 1 an (16 et 24 têtes) et un lot de 12 génisses de 2 ans à raison d’une surface moyenne de 4,8 m2/UGB ou 3,1 m2 par génisse. « Pour ces trois cases, on a choisi de mettre une première couche moins épaisse (13 à 15 cm), avec une plus forte densité d’animaux. » Après quinze jours sans nouvel apport, les plaquettes destinées à rafraîchir la litière ont là aussi été apportées à l’aide d’un godet installé sur la fourche du tracteur tous les dix à quinze jours en rajoutant à chaque fois 6 à 7 cm. « Nous n’avons pas voulu alterner paille puis plaquettes. On voulait voir ce que donnait une litière 100 % plaquettes.

» Le second bâtiment a été curé une première fois le 25 janvier. Le premier ne le sera qu’après la mise à l’herbe. Même si le fond de curage (limite fumier/sol) a été un peu plus difficile à déterminer qu’avec un fumier 100 % pailleux, cette opération a été réalisée avec le godet sans difficulté. « Le fumier a été mis en andain. Il sera composté deux fois avant d’être épandu cet automne, tout comme le fumier pailleux issu de la stabulation des vaches suitées.Tous nos composts seront analysés » précise Jean-François Canaud qui ne manifeste guère d’inquiétude quand à la qualité de ce compost et son devenir dans les parcelles où il sera épandu.

Il est prévu de réitérer cette utilisation de plaquettes l’hiver prochain. Elle ne sera pas généralisée à l’ensemble des lots. « Nous avons prévu de produire à peu prés les mêmes quantités que l’an dernier. Si on voulait avoir uniquement de la litière plaquettes, il nous en faudrait au moins 750 m3 par an. » À ce rythme, les haies seraient vite surexploitées et l’objectif n’est pas de transformer le riant parcellaire bocager de l’exploitation en une morne plaine.

Une solution intéressante quand la paille est hors de prix

Huit heures ont été nécessaires pour broyer les 300 m3 de plaquettes fraîches. Le prix de revient des branchages utilisés est considéré comme nul. « On est parti du principe que les haies doivent être entretenues et les arbres élagués. Le broyage nous a coûté 2240 euros. Le volume de plaquettes s’est réduit après séchage. J’estime à 250 m3 la quantité réellement utilisable » précise Jean-François Canaud.

En déduisant l’investissement dans des bâches géotextiles (1600 euros amorties sur deux ans) et en négligeant quelques frais liés à la manipulation et au transport, le prix de revient d’un mètre cube de plaquette a été chiffré à 12 euros.


DES PLAQUETTES SÈCHES

« Pour le premier lot de 28 génisses (22,4 UGB) et pour 50 jours d’hivernage, nous avons utilisé 76 m3 de plaquettes (40 m3 pour la souscouche puis trois apports de 12 m3 chacun). Lorsque nous utilisons de la paille, il nous faut une moyenne de 7 kg par jour par UGB. Pour ces 28 génisses, nous aurions donc utilisé sur 50 jours d’hivernage 8 tonnes de paille. L’équivalence est alors de 9,5 m3 de plaquettes pour une tonne de paille. » Ce chiffre sera moins important si on prend en compte toute la durée de l’hivernage. Il avoisinera 8 m3. « Pour les trois autres lots (33,6 UGB), pour 50 jours d’hivernage, nous avons utilisé 45 m3 de plaquettes. Si nous avions utilisé uniquement de la paille, il nous aurait fallu un peu plus de 10 tonnes pour la même période. Nous estimons la substitution à raison de 4,1 m3 de plaquettes pour une tonne de paille. »


Comparativement au précédent lot, cette moindre consommation de plaquettes est liée à l’épaisseur initiale moins importante. De plus, les plaquettes utilisées pour ces cases étaient nettement plus sèches, donc plus absorbantes.

CINQUANTE EUROS LA TONNE

Avec l’hypothèse haute de 8 m3 de plaquettes pour une tonne de paille, cela équivaut pour l’exploitation à 96 euros la tonne de paille. Si l’on prend l’hypothèse basse mais raisonnable de 4,1 m3 de plaquettes pour une tonne de paille, le prix d’équivalence passe à (12 x 4,1 = 49,2) 50 euros la tonne. C’est bien en deçà du prix de revient de la paille livrée cet hiver. Ce sous-produit de l’élagage demeure donc intéressant pour confectionner au moins une partie des litières des charolaises de ce lycée agricole.

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