Réussir bovins viande 05 novembre 2015 à 08h00 | Par Cyrielle Delisle

Climat : vers une ferme bovins viande bas carbone

À l’approche de la conférence climat à Paris (COP 21), la filière viande se mobilise sur le sujet et lance officiellement " Beef Carbon", son plan d’actions visant à réduire son empreinte carbone.

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La réduction des gaz à effet de serre passe par de nombreux leviers qui améliorent également le revenu.
La réduction des gaz à effet de serre passe par de nombreux leviers qui améliorent également le revenu. - © C. Delisle

À la veille de négociations internationales importantes sur le climat prévues à Paris fin 2015, l’élevage de ruminants, contributeur à hauteur de 10 % aux émissions nationales de gaz à effet de serre (GES), affiche ses engagements à les réduire et dévoile ses atouts pour lutter contre le changement climatique. « L’élevage a un rôle à jouer, même si l’environnement n’apparaît pas prioritaire dans cette période de crise. On a énormément de pratiques vertueuses à identifier sans bouleverser le système actuel. Depuis 1990, l’élevage a déjà réduit de 14 % ses émissions de GES et de 30 % son utilisation d’engrais minéraux », fait remarquer Bruno Dufayet, éleveur dans le Cantal, en charge des dossiers environnement et société pour Interbev, l’Interprofession nationale du bétail et des viandes.

« Après deux ans de concertation et l’obtention de la reconnaissance du stockage de carbone par les prairies et les haies, la filière viande montre sa mobilisation et son investissement en lançant officiellement au Sommet de l’élevage, le programme européen Beef Carbon(1). Ce plan d’actions, qui est l’équivalent de celui lancé en 2013 dans la filière laitière (Life Carbon Dairy), vise à réduire l’empreinte carbone de la viande de 15 % d’ici dix ans », poursuit Bruno Dufayet. Cet objectif n’a pas été fixé au hasard. « Il est l’aboutissement de différents travaux qui ont fait apparaître une réduction de 18% des émissions brutes dans les exploitations dites bas carbone, par rapport aux exploitations moyennes», ajoute Jean-Baptiste Dollé, responsable du service environnemental de l’Institut de l’élevage.

Beef Carbon, un plan pour limiter l’empreinte carbone

Piloté par l’Institut de l’élevage et Interbev, en collaboration avec les chambres d’agriculture, France Contrôle élevage et Coop de France, ce dispositif débutera en 2016 pour une durée de cinq ans, dans quatre pays producteurs de viande bovine : la France, l’Irlande, l’Italie et l’Espagne. « L’objectif est d’initier un changement, en fixant un objectif, en travaillant ensemble et en agissant. Pour toucher un nombre important d’éleveurs, un large réseau de cinquante partenaires a été mis en place. Ce programme permettra d’objectiver les pratiques et d’étudier concrètement des voies d’améliorations pour 2 000 fermes de démonstration, dont 1700 françaises et 170 fermes innovantes soit 32 % de la production de viande européenne », explique Jean-Baptiste Dollé. Afin de mesurer l’empreinte carbone, un outil d’appui technique a été développé, nommé CAP2ER (Calcul automatisé des performances environnementales).

L’idée est d’obtenir un observatoire national et européen, de tester la faisabilité et de promouvoir les meilleurs techniques permettant de réduire les émissions de GES et d’accroître le stockage carbone, tout en préservant la viabilité économique de l’élevage et les conditions de travail des éleveurs. « Dans les exploitations identifiées comme innovantes, l’ambition est de construire et de promouvoir des systèmes bas carbone qui répondent à la triple performance environnementale, économique et sociale. Chaque année, des portes ouvertes y seront organisées. Un réseau d’éleveurs sera également formé et tournera dans les pays partenaires pour suivre les pratiques mises en place. Des lycées agricoles sont également intégrés », continue Jean-Baptiste Dollé.

Une palette de leviers à la disposition des éleveurs

La finalité de ces actions est de construire ainsi des plans carbone qui, dans un premier temps, optimisent l’existant en améliorant le fonctionnement du système et en limitant les pertes vers l’environnement. Dans un second temps, de nouvelles pratiques seront introduites pour réduire les émissions et accroître la compensation. « L’objectif n’est en aucun cas d’agir sur les effectifs animaux mais bien de concilier environnement et production de viande », insiste Jean-Baptiste Dollé.

Il existe toute une palette de leviers pour limiter l’empreinte carbone de la viande, les uns permettant une baisse des émissions, les autres agissant en faveur du stockage de carbone. Dans la première catégorie, on trouve des leviers d’action à chaque poste d’émission. Le premier groupe concerne des moyens visant à bonifier l’efficience dans la gestion du troupeau, par une diminution du nombre d’animaux improductifs et par une amélioration de la productivité par unité de production viande (réduction de la mortalité des veaux, meilleures qualités maternelles, bon état sanitaire…). Suivent les leviers sur l’alimentation (équilibre de la ration, qualité des fourrages, quantité de concentrés, choix des matières premières). Vient ensuite la gestion des déjections bâtiments et pâturage (temps de présence au bâtiment et au pâturage, méthanisation). La gestion des cultures et de l’azote arrive en quatrième position en jouant sur la présence des légumineuses, la couverture des sols et les cultures intermédiaires ou encore l’optimisation de la fertilisation.

La réduction de la consommation de fioul et d’électricité constitue un levier supplémentaire (travail simplifié du sol, éco-conduite, matériel, organisation). Le dernier poste sur lequel les éleveurs peuvent intervenir pour atténuer les émissions est celui de la dépendance aux intrants, ce qui passe par la gestion du pâturage, l’optimisation des concentrés et engrais, l’introduction de légumineuses, l’utilisation d’engrais vert et les rotations.

Economie et environnement ne sont pas antagonistes

« Il ne faut pas non plus négliger la quantité de carbone stockée sous les prairies (puits de carbone), formidable levier pour compenser les émissions. Elle est estimée à 170 kg de carbone par hectare et par an. Ainsi, l’augmentation de la part de prairies, l’implantation de haies, les pratiques mises en œuvre et l’allongement de la durée des prairies temporaires représentent des actions favorables au stockage du carbone. Le puits de carbone ainsi constitué compense en moyenne 30 % des gaz à effet de serre émis par nos élevages qui sont majoritairement le fait des fermentations entériques en ruminants. A contrario, le retournement des prairies permanentes pour les convertir en surfaces labourables déstocke le carbone de manière importante. Des études sont toujours en cours pour améliorer les connaissances sur le sujet », souligne Jean-Baptiste Dollé.

Les conséquences de la mise en place de ces actions doivent bien entendu être évaluées à l’échelle de l’exploitation dont il ne faut pas dégrader la situation. « On a trop tendance à mettre en opposition l’environnement et l’économie, alors qu’ils ne sont pas antagonistes, et à associer l’environnement à des normes contraignantes. Il existe des leviers positifs pour ces deux critères simultanés car en lien avec les performances techniques de nos exploitations, donc avec leur compétitivité. Ainsi, même dans le contexte actuel de crise, la question de l’environnement a toute sa place et peut représenter à l’avenir un atout commercial pour la valorisation de nos bêtes et un accès au marché. Les conséquences du réchauffement climatique sur les exploitations restent par contre un sujet difficile à aborder, faute d’informations », insiste Bruno Dufayet.

Des leviers classés selon leur impact financier

L’impact économique de ces leviers permet de les ordonner en trois catégories. Les leviers financièrement rentables qui se traduisent par des économies. Ils concernent, les économies d’énergies, la gestion des prairies, l’alimentation protéique, les légumineuses et la fertilisation. Viennent ensuite les leviers intermédiaires, d’un coût neutre ou faible, inférieur à 25 € par tonne de CO2 évitée. Ils incluent les techniques culturales simplifiées et la méthanisation. Enfin, les leviers au coût de mise en œuvre élevé, supérieurs à 25 € par tonne de CO2 évitée, comprennent l’agroforesterie et les haies, l’implantation de couverts et l’ajout de lipides et additifs dans la ration.

« Beef Carbon représente donc une solution collective apportée par la filière, face à cet enjeu climatique. Ce projet est financé par la Commission européenne et le ministère de l’Agriculture par le biais d’un Casdar. Six régions sont impliquées. À plus long terme, on peut envisager de cumuler le CO2 évité et de le monnayer sur le marché du carbone, avec un retour possible à l’élevage, via ce critère », observe Jean-Baptiste Dollé.

Communiquer sur les solutions climat de l’élevage

En amont de la COP 21 et durant cette année climat, la filière s’est engagée dans la communication auprès des éleveurs, du grand public, des ONG environnementales, des décideurs politiques, afin de sensibiliser à l’enjeu et au rôle positif de l’élevage et de démontrer ses atouts. « Il est important de sensibiliser et d’informer dès maintenant un certain nombre d’éleveurs. On travaille par ailleurs depuis trois ans avec les ONG environnementales en adoptant un discours sur le rôle vertueux de nos systèmes. Avec les politiques, des entrevues ont été organisées pour faire entendre notre voix. Le mouvement Vache verte (1), lancé cet été, a quant à lui pour vocation d’éclairer le grand public sur le fait que les éleveurs ont engagé des actions visant à diminuer leurs émissions de GES et leur impact environnemental, et de lui faire savoir qu’ils participent au maintien, à la préservation et à l’entretien des milieux naturels et des territoires et rendent de nombreux services nécessaires à la vitalité rurale, au patrimoine et à la gastronomie », commente Bruno Duffayet.

- © cop21.gouv.fr

La COP 21

La COP 21 – pour 21e conférence des parties sur les changements climatiques de la Convention-cadre des Nations Unies –  se tiendra à Paris en décembre 2015. Elle doit aboutir à un nouvel accord international sur le climat, applicable à tous les pays, dans l’objectif de contenir le réchauffement climatique mondial à +2°C, en impulsant la transition vers des activités bas carbone. Intégrant les spécificités des différents pays, tant en matière d’atténuation que d’adaptation, l’accord devrait entrer en vigueur en 2020 pour permettre une transition à long terme. La COP 21 devrait rassembler près de 40 000 participants. Il s’agit de l’une des plus grandes conférences climatiques jamais organisées.

Le programme de recherche international « 4 pour 1000 » sera l’une des propositions de la France à la COP 21 pour tenter de lutter contre le réchauffement climatique. L’objectif est d’augmenter de 4 pour 1000 le stockage du carbone dans les sols mondiaux, afin de compenser les émissions de CO2 dues à l’utilisation de l’énergie fossile.

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