Réussir bovins viande 17 mars 2017 à 08h00 | Par Annick Conté

« Adoptez les nouvelles armes digitales »

Face aux attaques des anti-viande et des anti-lait, les acteurs de l’élevage doivent aller à la rencontre des communautés sur le web, affirme Caroline Faillet, spécialiste internet.

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Caroline Faillet, spécialiste internet: "il faut utiliser ces nouvelles armes de la même façon que les citoyens les utilisent ".
Caroline Faillet, spécialiste internet: "il faut utiliser ces nouvelles armes de la même façon que les citoyens les utilisent ". - © Annick Conté

« Ne laissez pas quelques dogmatiques faire disparaître la viande et le lait parce qu’ils auraient pour seul atout de mieux maîtriser la guerre digitale ». Face aux acteurs des filières ruminants réunis lors de la convention Idele 2025 le 20 décembre dernier, la netnologue Caroline Faillet n’a pas mâché ses mots. « Vous avez perdu la guerre du web 1.0, tirez-en les leçons. Soyez plus présents sur les réseaux sociaux, pendant la diffusion d’émissions anti-élevage par exemple : répondez en direct sur twitter à une fausse information. Utilisez le web dans une approche de dialogue avec la société civile. Bref, appropriez-vous ces nouvelles armes digitales comme le font les anti-viande et anti-lait. »

Dialoguer avec la société sur les réseaux sociaux

Le digital est un nouveau champ de bataille sur lequel le citoyen-consommateur a pris une forme de pouvoir en quinze ans, explique cette spécialiste du net. Un pouvoir qui s’est affirmé au fil de trois révolutions numériques. D’abord sur le web 1.0, celui des moteurs de recherche, qui a donné aux citoyens le pouvoir de s’informer. « Les premiers à s’en être emparés, ce sont les 'anti-tout' (anti-viande, mais aussi anti-vaccin, anti-laine de roche…). Ils ont diffusé leur thèse dans l’opinion en maîtrisant les techniques de référencement sur google et d’infiltration de Wikipédia… C’est le début de la désinformation. » Puis, avec le Web 2.0 celui des réseaux sociaux, ces associations ont bien compris sa capacité à mobiliser les foules, comment il est possible grâce à eux de susciter l’envie de partage en proposant des informations non vérifiables avec une dimension émotionnelle  (par exemple une vidéo montrant un veau appelant sa mère ou des images dans les abattoirs). «Sous la pression de l’opinion qui s’érige en tribunal populaire guidé par l’émotion, elles vont jusqu’à obliger les politiques à prendre position, en mettant des caméras dans les abattoirs par exemple ».

Aujourd’hui, on vit la troisième révolution numérique avec le web 3.0. C’est-à-dire celui des données (data), de l’émergence de services inédits qui apportent une aide à l’organisation, à la décision, à la mise en relation. Il donne au citoyen le pouvoir d’être un prescripteur, un loueur de biens (uber), un financeur (crowdfounding) etc. « Les associations ont trouvé de nouvelles armes de mobilisation de l’opinion comme par exemple change.org, un outil de pétitions qui a permis de collecter 277 000 pétitions contre l’abattoir d’Alès. Ou comme le « sauvetage » de Moka et Fauvette, deux veaux achetés grâce au financement participatif.»

Ne pas reproduire avec le net les « armes d’avant »

Le problème du monde agricole, analyse Caroline Faillet,  c’est que « ses organisations n’ont pas vraiment bien compris le mode d’emploi de ces technologies digitales ». Elles les utilisent pour se défendre mais en reproduisant les « armes d’avant ». En faisant avec le web 1.0, « des sites vitrines qui ne sont que des plaquettes en papier glacé sur internet ». Avec le web 2.0, des pages Facebook ou comptes twitter qui s’apparentent à des communiqués de presse: « les organisations  prêchent la bonne parole mais ne sont pas allées à la rencontre des communautés pour répondre". Alors avec le web 3.0, "ce serait bien de ne pas voir dans les data qu’un moyen de cibler mieux les publicités dans une approche descendante, conclut-elle. Cette guerre digitale nécessite une approche de dialogue, de coopération avec la société civile. Le lait et la viande ont besoin de vérité. Ils ont besoin de renouer une relation de confiance avec les consommateurs, et aussi de redonner confiance aux éleveurs en les fédérant en communautés.

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