Réussir bovins viande 06 juillet 2005 à 17h25 | Par Denis Lucas

Adaptation et évolution des moteurs - En mélange ou à 100 %, comment carburer à l´huile végétale brute

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« Pour bien comprendre les difficultés liées à l´utilisation de l´huile végétale pure (HVP) dans les moteurs, il faut prendre en compte les différences de l´HVP par rapport au gasoil », explique Philippe Pouech, ingénieur à l´Association régionale de machinisme (ARM) de Midi-Pyrénées. « L´huile a une viscosité plus importante qui impose d´avoir une température minimale de 60ºC dans tout le circuit d´injection. Le point d´inflammation élevé de l´huile fait qu´à faible charge, lorsque le moteur n´atteint pas une température suffisante, la combustion n´est pas complète. D´un point de vue énergétique, les huiles de colza ou de tournesol présentent peu de différences. Par contre leur composition (les colzas sont riches en phospholipides et les tournesols sont riches en cires) impliquent des précautions particulières lors de la production de l´huile ».
Si on veut faire fonctionner un moteur uniquement avec de l´huile, des adaptations sont nécessaires. Le circuit d´injection doit être équipé d´un système de réchauffage permettant de maintenir la température à 60ºC. « Il est possible pour cela d´utiliser des éléments de kit GPL destinés aux voitures », remarque Philippe Pouech. Le tracteur doit aussi être équipé d´un kit de bicarburation qui permet de fonctionner avec du gasoil tant que le moteur n´a pas atteint une température suffisante. Les kits de bicarburation utilisés actuellement par les agriculteurs sont des dispositifs manuels, où le chauffeur commande le basculement du gasoil à l´huile quand il estime que le tracteur a atteint une température suffisante. Il rebascule au gasoil avant d´arrêter le tracteur.
« Ces adaptations permettent de limiter l´encrassement et les problèmes de casse moteur, mais ce n´est pas sans risque », remarque Philippe Pouech.
Des agriculteurs qui ne font pas de modifications sur leur moteur pratiquent le mélange d´HVP dans le gasoil à des proportions variables selon le type de travail à réaliser et la saison. Les travaux lourds qui sollicitent beaucoup le tracteur et font donc fonctionner le moteur à des températures élevées permettent d´augmenter la proportion d´huile. Elle atteint en général 30 % maximum en hiver et 50 % en été.
En tournant à l´huile, ce tracteur exposé au Salon Sifel à Agen a développé 8 chevaux de plus que sa puissance annoncée. ©J.-J. Biteau

Avancées et reculs avec les nouvelles générations de moteurs
« Mélanger l´huile à du gasoil permet de diminuer la viscosité et donc de moins solliciter le circuit d´injection mais on ne règle pas les problèmes de combustion incomplète quand le moteur n´est pas à température », précise Philippe Pouech. « De plus, l´intérêt économique d´utiliser de l´HVP en remplacement du gasoil est déjà minime, car la différence de coût n´est pas très importante actuellement, l´intérêt de l´utiliser en mélange avec du gasoil est donc encore moindre ».
Actuellement, le milieu agricole n´a pas de recul sur l´utilisation longue durée de l´HVP dans ces différentes conditions faute d´observatoire national.

De son côté, l´ARM Midi-Pyrénnées a coordonné une étude sur des tracteurs équipés de moteurs aux normes Tier I modifiés pour étudier la faisabilité technique du fonctionnement avec de l´huile de tournesol. « Les pistons ont été modifiés pour augmenter la température de combustion dans le but d´améliorer le fonctionnement à faible charge et limiter l´encrassement », explique l´ingénieur. « Ces moteurs reçoivent aussi un kit de bi-carburation qui bascule automatiquement du gasoil au fioul en fonction de paramètres tels que la température des gaz d´échappement. Les tracteurs ainsi équipés ont accumulé 6000 heures sans souci. Cette modification coûte environ 4500 euros et n´est pas forcément accessible actuellement au grand public, mais le coût pourrait être diminué dans le cadre d´une production en série ».
Le développement de l´HVP en substitution au gasoil se heurte cependant à la sophistication croissante des moteurs. Les motoristes avancent également les exigences de plus en plus sévères des normes de pollution comme prétexte pour expliquer l´impossibilité de développer des moteurs qui puissent accepter l´HVP aussi bien que le gasoil.
Pour Philippe Pouech, les nouvelles technologies comme l´injection par rampe commune (Common Rail) présentent à la fois des avantages et des inconvénients par rapport à l´utilisation de l´HVP, comparés à des moteurs plus anciens. « Les pompes d´injection à haute pression devraient supporter l´huile mieux que les autres pompes. De plus la température au niveau du circuit d´injection est plus élevée (70 degrés environ), ce qui pose moins de problèmes par rapport à la viscosité de l´huile. Il reste une inconnue sur la sensibilité des injecteurs à l´huile ».
Les nouveaux systèmes d´injection à haute pression présentent des inconnues sur l´adaptation à l´HVP, notamment pour les injecteurs. ©D. Lucas

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